Cameroun : Un prélat, Mgr Bayemi Matjei parle du grand dialogue national

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Dans une interview accordée au journal La République, le prélat Mgr Léopold Sosthène Bayemi Matjei présente la contribution et les attentes de l’Église Catholique relativement au grand dialogue national qui s’ouvre ce jour.

Monseigneur, quelle appréciation faites-vous du discours du Pape François à Madagascar ?

Le discours du Pape François à Madagascar est un vibrant appel à la justice sociale dans un contexte sociopolitique miné par la corruption, la misère, la déforestation abusive et toutes autres formes d’injustices sociales. Ce discours prophétique est un écho de la Doctrine Sociale

de l’Église qui repose sur des piliers essentiels: la dignité humaine, le bien commun, la subsidiarité et la solidarité. À Madagascar comme partout ailleurs, ce discours nous appelle à bâtir un monde plus juste et fraternel en brisant, par le biais de la charité et la justice, les barrières de plus en plus énormes entre les riches et les pauvres. À chacun d’accueillir cette interpellation comme une interrogation profonde: «Qu’as-tu fais de ton frère?» (Cf. Gn 4,9-10)

Vous venez de bénir les fidèles qui ont accompli le pèlerinage dans les lieux saints de la chrétienté, quelle est la valeur d’un tel acte pour la foi ?

Le pèlerinage trouve son fondement dans l’Écriture Sainte. Depuis 1 ‘Ancien Testament, le juif pieux avait trois fêtes officielles au cours de l’année où il devait faire un pèlerinage à Jérusalem : la Pâque (Pessah); la fête des semaines (Shavouot) et la fête des tentes (Sukkôt). Cette pratique s’est aussitôt enracinée dans le christianisme dès les premiers siècles et a hérité d’un sens spirituel profond. Si physiquement le pèlerinage consiste à se mettre en mouvement d’un point «A » à un point « B », spirituellement il met le pèlerin dans une démarche de purification et de conversion pour en sortir illuminé et comblé par la Grâce de Dieu.

Le pèlerin est ainsi un chercheur de Dieu dont le mouvement physique symbolise la soif spirituelle de le rencontrer personnellement. Par ailleurs, le pèlerinage est un résumé très éloquent de notre vie qui, fondamentalement est cheminement à la suite du Christ vers le Royaume de Dieu: comme le Peuple d’Israël en marche vers la terre promise, nous sommes tous en route vers la Citée de Dieu.

Ainsi, faire un pèlerinage dans les lieux saints trouve-t-il son sens. En y allant, les fidèles voudraient mettre leur pas dans les pas de Jésus en visitant et priant dans les lieux réels qui témoignent du passage historique de Jésus-Christ au milieu de nous.

Excellence, quelle est votre réaction en tant qu’évêque suite au discours du chef de l’État qui ouvre le Grand Dialogue National pour résoudre la crise sécuritaire du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun ?

Le Grand Dialogue National annoncé par le Président de la République lors de son discours du 10 septembre 2019, est une très bonne initiative.

Car, en lui-même, le dialogue est reconnu comme l’une des meilleures perspectives dans la gestion des conflits en vue de la justice et de la paix. Lorsqu’il est bien mené, favorisant la rencontre, l’écoute mutuelle et la participation de tous en vue de trouver un compromis, le dialogue peut déclencher un nouveau départ là où tout était perdu. Comme vous l’avez suivi, Mgr Abraham KOME, Président de la Conférence Episcopale  Nationale du Cameroun (CENC), le Cardinal Christian TUMI et Mgr Georges NKUO, Président de la Conférence des Évêques de la Province Ecclésiastique de Bamenda, ont exprimé au nom de l’Église leur satisfaction et remis leur contribution au Premier Ministre.

Quelles sont les attentes de l’Église Catholique du Cameroun vis-à-vis de ce Grand Dialogue National?

Ce dialogue national surgit dans un contexte de crise sociopolitique aggravée dans les Régions anglophones mais non moins visible dans les autres Régions du pays. Les attentes sont énormes! Nous espérons bien obtenir de ce dialogue des solutions efficaces aux problèmes saignants de misère généralisée. Il s’agit des problèmes touchant la vie morale; le développement; la forme de l’État, notamment le problème de décentralisation. Mais à mon avis, l’un des plus gros soucis de notre pays concerne la transparence’ et la redevabilité des élus. Tant que les citoyens ne prendront pas effectivement part à l’élaboration des programmes de gestion de la chose publique, il n’y aura pas un climat sain. Il faut aussi réussir à établir une relation de responsabilité morale entre les élus et leurs électeurs. Le Député, le Sénateur, le Maire, le Conseiller Municipal, s’ils ne se sentent pas responsables devant leurs électeurs, alors le bât blessera toujours. Enfin, une fois élus, les candidats deviennent redevables de leurs promesses électorales à leurs électeurs, qui peuvent leur demander des comptes. Bref, nous souhaitons que le dialogue soit pleinement mis à profit pour reconstruirenotre pays sur des bases solides pouvant garantir la justice sociale, le développement économique et la paix.

Quelle pourra être la contribution de l’Église au succès de cette initiative du Président de la République ?

L’apport de l’Église est d’abord et toujours spirituel. Il est question pour nous de porter dans la prière cette initiative du Président de la République afin qu’elle produise d’abondants fruits pour la réinstauration de la paix, l’amélioration des conditions de vie et le bienêtre du peuple camerounais. Cette contribution consistera également à prendre part à ce dialogue et y faire retentir sa voix qui appelle chaque fois à la paix, la justice, le respect de la dignité humaine, le bien commun, la solidarité, la subsidiarité, le vivre-ensemble ou la communion fraternelle.

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