Cameroun : Incivisme fiscal et Conséquence d’un programme scolaire inadapté

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Par MOULIOM Mazou*

Selon l’Association Camerounaise pour la Défense des Droits des Contribuables (ACDC), dans une république, le système scolaire doit viser à former les citoyens et non les diplômés.

Et l’accent doit être mis sur l’amour de la patrie sans que ce ne soit un slogan à réciter. Celle-ci fait naitre une prise de conscience pour l’intérêt général et dès lors, les populations comprendront la nécessité de payer les impôts. L’incivisme fiscal n’est pas l’apanage des Camerounais. Les Etats qui l’ont compris ont mis l’accent sur l’éducation des contribuables et ont vu leurs recettes s’améliorer à l’exemple du Rwanda. Les recettes fiscales dans notre pays bien qu’elles s’améliorent légèrement depuis quelques années sont encore loin de sortir le Cameroun de ses difficultés économiques. Pourtant l’assiette fiscale est tellement large qu’on a plus besoin de l’élargir. Le pays dispose d’énormes ressources et les capacités considérables pour se développer mais il faut juste renforcer le lien entre la fiscalité et le développement.

Pourquoi y a-t-il réticence lorsqu’il faut payer les impôts ? Les contribuables manquent-ils de bonne foi ? Est-ce l’Etat qui manque à ses obligations ? L’un peut-il justifier l’autre ? Selon la grande majorité des contribuables, l’échec de l’Etat à répandre les valeurs éthiques de justice, de solidarité et d’attachement au bien commun serait l’une des causes de la démotivation au paiement des impôts. Il est temps que nous fassions taire nos égoïsmes et qu’on pense un peu à l’intérêt général. Pensons à laisser une république digne à nos progénitures car des générations viendront après.

Selon l’ACDC, les pouvoirs publics doivent favoriser l’émergence d’une culture du civisme fondée sur les droits et responsabilités, culture en vertu de laquelle chaque citoyen considérerait que le paiement des impôts est une  composante à part entière qu’elle entretient avec les puissances publiques. Il faut faire prospérer la notion de citoyenneté. De ce point de vue c’est à l’éducation des contribuables que revient le rôle de la passerelle entre l’administration fiscale et les citoyens. Corriger l’image qu’ont les contribuables sur les dépenses sociales des pouvoirs publics en renforçant le lien entre la fiscalité et le développement car les contribuables pensent qu’il y’a inadéquation entre services rendus et impôts collectés. Pire encore, ils ont le sentiment que même les gens qui

bénéficient des services publics de bonne qualité et de tous les autres privilèges ont du mal à payer les impôts.

Quel contraste ? Pendant que les couches défavorisées subissent la pression fiscale. De ce fait, l’ACDC pense qu’il se pose un problème d’éducation. Il est très fréquent dans nos péages routiers que les gens passent avec des grosses cylindrées sans s’acquitter des frais du péage pendant que les pauvres transporteurs dans les ‘’opeps’’ le font. Une morale maussade ne fait pas que nuire l’engagement citoyen en faveur d’un projet citoyen commun ; elle consolide aussi un cercle vicieux dans lequel les gens justifient le fait de ne pas payer les impôts parce que l’Etat ne respecte pas ses engagements sociaux. Il en résulte une insuffisance de recette pour améliorer le service ; du même coût, la qualité de service régresse, et le cycle se perpétue. Les mauvaises routes, l’absence des logements sociaux pour les couches sociales démunies, les bas salaires dans la fonction publique, le manque d’eau potable etc , face à un enrichissement non justifié de certains hauts responsables de l’administration sont des éléments qui créent des frustrations auprès des contribuables camerounais, car disent-ils ‘’nous cotisons pour enrichir les autres’’ .

Ainsi, avant de proposer des solutions pour l’amélioration des recettes de l’Etat, l’ACDC pense d’abord à l’avenir car d’autres camerounais vivront après 2035. Il est temps que l’Etat du Cameroun pense à former les véritables citoyens et non les diplômés. Ainsi, l’Association Camerounaise pour la Défense  des Droits des Contribuables propose d’abord l’insertion des programmes de fiscalité dans le système scolaire de notre pays dès la base. Il est difficile de faire évoluer une culture fiscale sans éduquer les plus jeunes.

Certains pays tels la Jamaïque, le Maroc, le Kenya et près de neuf pays en Amérique Latine l’ont déjà fait. Les plus jeunes traversent une étape décisive à leur entrée dans la vie en société et la conscience du paiement des impôts doit être prise à la base. La plupart des contribuables camerounais fraudent le fisc par manque d’éducation à la citoyenneté. Nous savons tous que l’enfant est le fruit de la société. De ce fait l’éducation au civisme fiscal préparera les jeunes des prochaines républiques à comprendre le bien fondé du paiement des impôts. Le programme scolaire actuel est essentiellement conçu pour satisfaire les intérêts du lobby des manuels scolaires qui pourtant sont exonérés de la

TVA et non pour préparer les camerounais de demain. Un enfant doit comprendre dès la base qu’il devra cotiser une partie de ce qu’il gagne pour la construction des routes par l’Etat, que s’il est en sécurité avec ses biens, c’est parce que l’Etat paie les gens pour qu’ils assurent sa sécurité et celle de ses biens. Un enfant qui a intégré ces principes dès le bas âge est un citoyen accompli puis c’est l’Etat qui gagne et c’est un pays qui se développe. L’éducation est la clé du succès et le contenu du programme scolaire doit tenir compte des ambitions de notre pays.

La création d’un ‘’club des amis de l’impôt’’ est nécessaire dans nos établissements scolaires et universitaires. Ceci permettra d’expliquer aux élèves et étudiants non seulement comment les pouvoirs dépensent les recettes fiscales, mais aussi quelles sont les retombées pour eux. Des millions de camerounais ne connaissent pas ce que c’est qu’une loi de finances et quels sont les projets que l’Etat doit financer au cours d’un exercice. A travers ce club dans les établissements scolaires et universitaires, les enfants sont imprégnés des ressources de l’Etat et ses dépenses .Ils contribueront à la sensibilisation de leurs parents et proches sur la nécessité de payer le juste impôt. Ces enfants qui auront subi cette influence idéologique seront des hommes d’affaires ou agents du fisc non véreux et c’est le pays qui gagne en recette et en éthique.

Pour mobiliser les contribuables sur l’intérêt à payer les impôts, l’ACDC propose aussi la création d’une journée nationale des contribuables. Cet évènement peut permettre : à l’administration fiscale de se rapprocher des contribuables, à l’Etat d’expliquer aux contribuables comment est géré l’impôt qu’on paie, les informer des différentes modifications des lois au plan fiscal. Dans un pays comme le Bangladesh, la journée nationale de l’impôt sur le revenu est organisée chaque 15 septembre de l’année en vue de pousser une catégorie de contribuables qui doit faire leurs déclarations annuelles le 30 septembre à le faire à temps. Cette période correspond à la période où l’on fête le 08 mars dans notre pays

car le délai pour le dépôt des bilans annuels est le 15 mars.

Constat, pendant que les pays organisent des évènements à des périodes sensibles pour faire entrer de l’argent, nous organisons une fête où les administrations dépensent des millions de francs des contribuables pour saouler les femmes et les envoyer dans la rue se déshabiller. L’organisation d’une journée nationale du contribuable dans un pays comme le RWANDA sous l’appellation’’ Contribuable à l’honneur’’ a permis à ce pays après la guerre civile de maximiser ses recettes fiscales et de se développer. Cet évènement valorise le contribuable, et dès lors il se voit plutôt comme associé de l’Etat et non ‘’assujetti’’, mot adoré par les partisans du moindre effort au Cameroun. Certains responsables du fisc confortablement installés dans le fauteuil du Chef de Centre Divisionnaire des Impôts disent souvent ‘’l’impôt est obligatoire, que le contribuable soit informé ou pas il doit payer donc je l’attends ou bien je le frappe’’. Ce langage n’a jamais fait prospérer notre pays au contraire, ça crée des conflits entre les contribuables et le fisc. Dans un pays comme le Rwanda, le Président de la République préside l’évènement et remet des primes aux meilleurs contribuables de l’année.

Ainsi selon l’ACDC, l’éducation des contribuables est la seule façon de booster les recettes fiscales au Cameroun car elle fait naître un climat de confiance entre l’administration fiscale et le contribuable.

Cette éducation ne se fera pas seulement par l’administration fiscale, mais avec la collaboration des ministères en charge de l’éducation, mais aussi d’un accompagnement médiatique à travers des programmes jeunes sur la fiscalité, des séminaires d’imprégnation des journalistes, des pièces de théâtre et des campagnes de sensibilisation de masse.

*Président de l’Association Camerounaise pour la Défense des Droits des Contribuables.

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