Chantal Elombat Mbedey : Le BMN devait mettre à niveau 600 entreprises camerounaises

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Madame le Directeur du Bureau de mise à niveau des entreprises camerounaises a conduit le séminaire-atelier d’imprégnation des journalistes récemment à Kribi. Elle a affiché sa maîtrise de la mission qui lui a été assignée depuis plusieurs années. Morceaux choisis des questions et réponses auxquelles elle a répondu pendant les trois jours de séminaire.

Madame le directeur, de manière générale à quel moment s’impose la restructuration financière pour une entreprise ?

En dehors du chiffre d’affaires de l’entreprise qui doit être estimé à 50 millions, l’un des critères pour bénéficier de la mise à niveau est la non-suspension des activités depuis plus de trois mois. Je le dis pour bien montrer la différence avec la restructuration. Une entreprise en restructuration peut être à l’arrêt depuis plus de trois mois, mais ce qui va la caractériser, c’est qu’elle peut ployer sous des dettes si bien que son action ne peut plus avoir véritablement lieu tant que ce problème n’est pas résolu. Ses capitaux propres peuvent avoir complètement disparu ou alors, il peut y avoir un problème de fonds de roulement important. Pour toutes ces raisons financières et les ratios identifiés par l’Ohada pour reconnaître qu’une l’entreprise est en faillite font qu’elle mérite d’être restructurée de fond en comble.

 

A ce jour, combien d’entreprise ont bénéficié de l’accompagnement du Bureau ?

Nous avons pré diagnostiqué 335 entreprises. C’est-à-dire que nous nous sommes déplacés du Bureau vers l’entreprise quelle que soit son implantation au Cameroun. Mais, au niveau du comité de pilotage, il n’y a que 143 entreprises qui ont fait l’objet d’un diagnostic global. Actuellement, nous avons moins de 100 entreprises qui sont effectivement suivies dans la mise en œuvre de leur diagnostic global. Mais en gros, il y a près de 800 entreprises qui ont frappé à notre porte.

 Le BMN ne voit-il pas plus grand que son prescripteur ?

A la création du BMN, le Minepat avait élaboré un document de modernisation de l’économie camerounaise. Dans ce document, c’est le prescripteur lui-même qui avait décidé que le BMN devait mettre à niveau 600 entreprises en quatre ans – les quatre premières années de la vie du BMN – et avait décidé de mettre 80 milliards FCFA à sa disposition. Aujourd’hui, rendu à la septième année et nous sommes très loin de ces 80 milliards FCFA. Nous sommes même très loin des 10 milliards FCFA. En somme, le prescripteur fixe des objectifs. Mais les moyens qui vont avec ne sont pas toujours au rendez-vous. Quand vous des médias nous demandez les résultats, nous sommes un peu mal à l’aise de toujours renvoyer la patate chaude à l’Etat. C’est quand même notre tutelle. C’est pour cette raison que nous structurons nos résultats en activités intermédiaires et activités finies.

En d’autres termes, c’est le prescripteur lui-même qui nous a mis à ce niveau des ambitions. Au Sénégal, ils font dix entreprises par an. Pas plus. C’est un pays qui arrive à se débrouiller pour avoir des financements locaux et extérieurs. Il va au bout de ses objectifs. La prime n’est pas plafonnée au Sénégal ou en Tunisie. Or, ici, elle est plafonnée à  millions FCFA.

 600 entreprises à mettre à niveau horizon 2023…

Le prescripteur lui-même sait, puisqu’il a toute notre méthodologie, qu’il a validée sous le nom de programme national de mise à niveau des entreprises. Il sait ce qu’il y a à faire. Lorsqu’il ne vous donne pas les moyens de le faire, comment pouvez-vous vous fixer des objectifs à atteindre, des indicateurs alors que vous n’avez pas une vision nette ? En prenant l’exemple de 600 entreprises, les structures de statistiques vous disent que vous avez 22.000 entreprises de transformation. Vous parcourez le pays dans ses dix régions pour faire de la sensibilisation. A ce jour, nous avons 700 entreprises. Il faut encore élaguer au moins la moitié parce qu’elle ne respecte pas les critères définis. Alors, la mission qui a été confiée au BMN de rechercher elle-même les entreprises n’est-t-elle pas une mission de trop ?  Si nous avions déjà en place tous nos centres techniques – bras séculier du BMN –, peut-être qu’ils rechercheraient pour nous les entreprises à mettre à niveau ; ils feraient des diagnostics et ne viendraient à la mise à niveau que des plans de mise à niveau à financer.

Notre programme a été calqué sur les pays où cela a marché. Notamment la Tunisie et le Sénégal. Ici, on a tout mis sur le BMN. Nous avons même du mal à mettre en place les centres techniques. Nous étions censés avoir mis en place au moins cinq centres. Notamment le bois, le textile, etc. De par le caractère volontaire de la mise à niveau, nous n’avons pas un stock d’entreprises. Nous avons également les faiblesses de notre secteur privé avec des gens qui n’aiment pas la transparence, qui sont très mal organisés, qui aiment rester cachés et continuer dans la débrouillardise.

Nous avons signé des conventions avec des structures du secteur financier. Mais, ces structures ne vont pas là-bas. Elles préfèrent les tontines où il n’y a pas toute la traçabilité, toute la transparence. Or, au BMN, nous avons l’impression qu’à la tontine, ça leur coûte plus cher. Sur la base de ce que le BMN se donne comme ambition, nous disons à l’Etat : donnez-vous 65 milliards FCFA et en trois ans, nous pensons mettre en route la deuxième mission principale du BMN, qui est la restructuration. Elle demande énormément des moyens et nous allons pouvoir vous donner des résultats. Tous les budgets que nous avons demandés jusqu’ici ne nous ont pas été donnés.

 En ce qui concerne les normes et qualités que pensez-vous des Obstacles techniques au Commerce ?

Quels que soient ces obstacles – il faut préciser que c’est une défense des marchés européens – reconnaissons que nous-mêmes nous faisons tout pour que soient en en place ces obstacles. Prenons les cas de nos campagnes, quand on va à Bafia, tout ce maïs ou cette farine de manioc séchés à même le goudron – avec toutes ces voitures, qui passent à une allure folle – il y a de la poussière, qui se déverse. Nous, nous le consommons sans problème. Mais, en Europe, lorsqu’un produit comme celui-là arrive, il passe par les laboratoires. Dès lors, on ferme la frontière à nos frais. C’est une question de formation de l’ensemble de la population. Ce n’est pas un rôle exclusif du Bureau de Mise à Niveau.

C’est pareil pour le cacao. On le sèche n’importe comment et, après, les Européens font une généralisation. Ils diront que « le Cacao camerounais a plein de cailloux, etc. » Et puis, nous trichons beaucoup. Depuis que l’Oncpb (Office National de Commercialisation Des Produits de Base) a disparu, je ne sais pas si les contrôles sont encore rigoureux. L’on trouve vraiment de tout dans ce cacao. C’est vrai que les producteurs sont bernés par les intermédiaires, qui viennent avec de fausses balances Or, c’est leur seule source de revenus, ce cacao qu’ils vendent à l’état de fève. Dès que ce cacao, va de ‘’l’autre côté’’, dès qu’on trouve quelque chose de mauvais, on généralise en disant que c’est tout le cacao camerounais C’est nous-mêmes qui donnons le bâton à ces gens-là pour nous frapper dessus. Donc, c’est une affaire de tous.

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