Cameroun : Vers une guerre communautaire à Touboro dans le Nord

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Les populations autochtones, fatiguées de subir la dictature du Lamido de Rey Bouba, en appellent à l’arbitrage des autorités du pouvoir central à Yaoundé. Le climat pourrait s’assombrir à la veille des élections régionales du 06 décembre 2020.

Par Le Courrier

Plus de 110 forces vives, élites extérieures et intérieures de l’arrondissement de Touboro (département du Mayo-Rey, région du Nord) ont  adressé, le 23 juillet 2020 au ministre d’État, ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Laurent Esso, une pétition particulièrement préoccupante contre la nomination des responsables du tribunal coutumier du cru. Ils s’élèvent notamment contre la désignation, en fin août 2019, d’Adamou Djingui au poste de président dudit tribunal.

Il se passe, soutiennent-ils, que le concerné « est un sbire (c’est-à-dire un homme de main) de la chefferie du lamidat de Rey Bouba, analphabète de surcroît, car ne sachant ni lire ni écrire dans l’une des langues officielles du Cameroun ». Présenté comme « un fauteur de troubles », à l’origine des émeutes survenues au lendemain des élections législatives et municipales du 30 septembre 2013 dans la localité, ayant fait de nombreux morts, de blessés et des dizaines d’arrestations.

Adamou Djingui, mentionnent les pétitionnaires, soucieux d’éviter de nouveaux troubles sociaux dans la zone, est de l’ethnie lamé, qu’on retrouve dans les arrondissements de Rey Bouba et Madingring. Poursuivi en justice, dans le cadre de plusieurs affaires sulfureuses, l’imposteur décrié par les populations a « été exfiltré de Touboro pour Rey Bouba sous l’égide de Monsieur Amougou François, ancien préfet du département du Mayo Rey ». Protégé du lamido de Rey Bouba, par ailleurs 1er vice-président du Sénat, Aboubakary Abdoulaye, sieur Adamou Djingui jouit ainsi d’une scandaleuse immunité. Son installation, comme chef du tribunal coutumier de Touboro, est considérée comme « une provocation de trop, de la part de la chefferie de Rey Bouba vis-à-vis des populations de Toubormo». Et les signataires de la pétition de dénoncer le diktat du sénateur Rdpc de la région du Nord Aboubakary Abdoulaye sur leur contrée, un monarque qui, curieusement et alors qu’il règne ailleurs, est toujours consulté sur les questions liées à l’arrondissement de Touboro. Trop c’est trop ! lancent-ils, désapprouvant cette manière de gérer les affaires de la République en mâtant à chaque fois une entité socioculturelle, par ces temps cruciaux de décentralisation.

Et la grogne ne semble pas être retombée depuis lors. Déjà, le 26 février 2019, le maire de la commune de Touboro, le très dynamique Célestin Yandal, saisissait par écrit le ministre de l’Administration territoriale (Minat) au sujet de la gestion des chefferies traditionnelles dans le département du Mayo Rey. Ici, apprend-on, à la veille des élections régionales prévues le 6 décembre 2020, la plupart des chefs traditionnels, qui font partie du corps électoral, «ne sont pas détenteurs des arrêtés d’homologation ». Selon l’édile, soit les arrêtés portant création de ces unités traditionnelles ont été dissimulés pendant plus de 30 ans «par les tenants de la chefferie de Rey Bouba qui n’a jamais voulu l’autonomie des autres chefs du département, et ce avec la complicité tacite de l’administration, soit les chefferies existantes n’ont jamais bénéficié d’une reconnaissance réglementaire matérialisée par un arrêté préfectoral d’homologation».

Et Célestin Yandal de pointer, lui aussi, un doigt accusateur sur les « dérives totalitaires » du Lamido de Rey Bouba. Lequel, selon lui, il avait déjà tenté d’imposer aux autochtones son propre fils, Moustapha, à la tête de la chefferie de Touboro. Et qui s’est, depuis des lustres, accaparé le processus de désignation des autres chefs de l’ensemble du département, en sélectionnant systématiquement, au mépris de la réglementation et contre le gré des populations à la base, de ses protégés qu’il impose à l’autorité en charge de conduire les consultations liées à la désignation et à l’homologation desdits chefs. Il s’agit clairement d’illustrer, la stratégie de l’omnipotent lamido de Rey-Bouba qui ne vise aujourd’hui autre chose que la recherche des voix.

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