Cameroun : Un plaidoyer pour l’autonomisation des femmes du Sahel

0
25

Les femmes de cette partie du Cameroun revendiquent un accès équitable à la scolarisation, à la formation professionnelle, à l’emploi et au financement des projets.

Source : L’Œil du Sahel

Dans les bas-fonds du quartier Laiyndé sis dans la commune de Maroua 2ème, deux jeunes femmes et 15 membres de leur famille cohabitent dans un réduit de deux pièces, construit en matériaux provisoires. Comme eux, une centaine de familles de déplacés internes, victimes de la secte islamiste Boko Haram squattent cette zone d’habitation précaire où la misère saute aux yeux. Avec leurs époux, ces femmes ont fui les atrocités de Boko Haram à Amchidé, dans la région de l’Extrême-Nord où les armes continuent de crépiter, alourdissant, chaque jour un peu plus, le lot des morts causés par cette guerre asymétrique. Selon les données compilées en avril 2018 par le collectif «Tous unis pour le Cameroun», cette guerre a déjà fait plus de 2300 morts.

Face à cette situation, ce sont les femmes déplacées qui payent le plus lourd tribut. Pour celles qui vivaient «paisiblement» pourtant de l’agriculture, de l’élevage et du petit commerce à Amchidé, se loger, se nourrir, se soigner ou se vêtir est devenu un luxe. «Nous ne faisons plus rien et vivons des dons des étrangers», confie l’une d’elle. Aujourd’hui, le vœu le plus chère de ces femmes est d’être autonomes et générer des ressources pour se prendre elles-mêmes en charge. Pour ce faire, certaines désirent apprendre un petit métier comme la couture ou mener de petites activités génératrices de revenu à l’instar de la vente des beignets.

A Wouro Bicordi à Maroua III, une communauté regroupant une trentaine de femmes, a les mêmes besoins. La spécificité de ces femmes est qu’elles sont toutes sous-instruites. La plupart d’entre elles ne s’expriment même ni en français ni en anglais, les deux langues officielles du Cameroun. «Même pour lire un simple SMS dans nos téléphones, Nous sommes réduites à quémander l’aide autour de nous», explique l’une d’elle en langue Fulfulde, le principal idiome local. Pour tout dire, l’autonomisation de la femme de cette localité est un impératif au développement.

«Nous voulons apprendre pour être autonomes. Si j’avais étudié je serais moi-même capable d’assurer le suivi scolaire de mes enfants», confie Hadja, âgée de 35 ans, veuve et mère de 4 enfants. Pour changer la donne, Nafissatou Hamid, trésorière pour la région de l’Extrême-Nord, du Réseau africain des jeunes pour la population et le développement (AfriYAN), a lancé un programme de scolarisation dédié à ces femmes. Des cours du soir de deux heures couplées de causeries éducatives au rendez-vous de cette initiative.

Pour elle, «C’est inacceptable de voir ces femmes passer la journée à ne rien faire et à dépendre des enfants pour leur lire leurs messages. C’est pourquoi j’ai décidé de les aider à apprendre à lire et à écrire», s’insurge la diplômée en gestion Logistique et transport. Une initiative bien accueillie par la communauté. Seul bémol, Nafissatou manque d’appui pour répondre efficacement à la forte demande des femmes.

Comme les deux autres régions septentrionales, l’Extrême-Nord est une société patriarcale et conservatrice. D’innombrables pratiques culturelles traditionnelles telles que les mariages précoces empêchent les filles, les femmes et les jeunes de participer à la vie politique et économique de la région. Pourtant, l’autonomisation des femmes et des jeunes filles est une condition sine qua non au développement durable en Afrique, argue le Directeur régional du Fonds des Nations-Unies pour la population (Unfpa). Voilà qui justifie le déploiement des 54 jeunes leaders mandatés par cet organisme onusien sur le terrain.

A Maroua, une caravane mobile des jeunes leaders d’associations a sillonné les artères de la ville du 28 au 31 octobre 2019. C’était dans le cadre de la célébration au Cameroun des 50 ans de l’Unfpa, des 25 ans de la Conférence Internationale sur la Population et le Développement (CIPD) et de la tenue du Sommet de Nairobi qui a démarré le 12 novembre dernier et s’achève le 14 novembre 2019. L’initiative visait à promouvoir l’autonomisation des jeunes et des femmes en vue de la capture du dividende démographique.

Avec l’appui technique de l’Unfpa, il était aussi question pour ces volontaires issus du Conseil national de la jeunesse du Cameroun (Cnjc) et du Réseau africain des jeunes pour la population et le développement (AfriYAN), de sensibiliser et de mobiliser 80 000 jeunes en faveur de l’accélération de la mise en œuvre du Programme d’Action de la CIPD au Cameroun.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici