Cameroun : Un moniteur de Sciences Politiques écrit au Recteur de Yaoundé II

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Dans sa lettre ouverte adressée au Pr Adolphe Minkoa She, Yves Faustin Zokuo Etouke, Épistémologue revient sur la polémique née à l’université de Yaoundé II à Soa au Cameroun concernant le Doctorat Professionnel et le régime des études doctorales à l’Université de Yaoundé II.

« […]

une soixantaine d’années plus tôt, et relativement à la dévalorisation de l’intelligence au Cameroun, à l’époque où des pays subsahariens, comme le nôtre, accédaient à l’indépendance, d’autres esprits tout aussi doués d’une intelligence supérieure, et fortement inféodés au Général de Gaulle et aux réseaux Foccart, ont posé les bases d’un environnement économico-socio-politique camerounais, où les Appareils Répressifs d’État, notamment l’Armée et la Police, devaient avoir la prééminence sur les Appareils Idéologiques d’État, notamment l’École et les activités sportives.

Oui en effet, même s’il n’est pas superfétatoire de dire que l’Intelligence est devenue un délit sévèrement réprimé dans l’actuel environnement économico-socio-politique camerounais, je continue d’entretenir la foi que des esprits de votre trempe, qui n’ont pas craint de ramer à contre-courant de l’institutionnalisation de la médiocratie, et même ceux des esprits qui ont plutôt préféré faire profil bas, en adoptant des stratégies de contournement ou de survie, peuvent en synergie déconstruire l’Ordre sociétal fomenté par le Général de Gaulle et les réseaux Foccart, car ledit Ordre nous est fort dommageable.

Paul définissait la FOI comme la ferme assurance des choses qu’on espère, et une démonstration de celles qu’on ne voit pas, aussi à mes yeux, est-il impossible d’accéder à un tel niveau d’élévation spirituelle sans un investissement permanent sur l’intelligence…

D’ailleurs, s’il était besoin de prouver la prééminence de l’Intelligence dans l’acquisition de la Foi, qui est donc le fondateur du judaïsme, si ce n’est ce savant africain qui a acquis l’intelligence égyptienne pendant 40 ans (intériorisation de l’extériorité, pour emprunter à la conceptualisation du Sociologue Pierre Bourdieu), avant de se livrer à ses propres développements métaphysiques pendant 40 autres années (extériorisation de l’intériorité), pour enfin être recruté par Dieu Lui-Même, à l’effet d’aller quereller l’empire pharaonique, pour soi-disant libérer les 13 Tribus hébraïques de l’esclavage égyptien, alors que le vrai projet était l’instauration d’un nouvel ordonnancement sociétal apparemment cristallisable dans une nouvelle entité territoriale, cette fameuse « Terre Promise », aujourd’hui appelée « Palestine », et qui continue d’ailleurs à faire l’objet de sempiternelles querelles d’amoureux…❓

Et que dire de Paul lui-même, ce fondateur du christianisme, qui avant d’être recruté par Le Christ sur le chemin de Damas, était d’abord celui-là qui avait acquis la plus grande intelligence dans la compréhension de l’ordre sociétal créé par l’Africain Moïse, plusieurs siècles auparavant…❓❓

Aussi, pour revenir à notre Cameroun du 21ème siècle, et en accord avec cette idée qui a été popularisée par le groupe musical ESPOIR 2000 durant le conflit ivoirien, à savoir que la force a beau régner, mais qu’elle s’inclinera devant l’intelligence toujours, ma foi de négro-africain depuis 2002 est inébranlable, et cette foi-là consiste à manifester que le régime de la force (terreur, développement de la prééminence des Appareils Répressifs d’État, pour emprunter au vocabulaire du Philosophe Louis Althusser) qui a été habilement construit dans notre pays, sous l’égide du Général de Gaulle et des réseaux Foccart, ne peut être déconstruit que par le règne de l’intelligence (série séquentielle de ruptures épistémologiques, développement de la prééminence des Appareils Idéologiques d’État)…

monsieur le recteur, le 16 février 2018, j’avais rudoyé, par lettre ouverte, vos actions à l’encontre du doctorat professionnel, et, le 25 juillet 2018, j’avais commis un article heurtant frontalement le nouveau régime doctoral que vous avez institué, à l’université de yaoundé 2. à la vérité, eu égard à la médiocratie ambiante qui règne dans notre pays, je n’aurais pas parié un seul instant, que des mesures académiques élitistes puissent prospérer sans d’importants mouvements d’humeur estudiantins. oui en effet, quoiqu’ayant une affinité pour le perfectionnisme, et donc assez souvent étant en porte-à-faux avec les aspirations communes, il m’a semblé hasardeux de contraindre des gens qui se complaisent dans la médiocrité, à des normes méritocratiques…

le fait est que nous vivons dans un pays où il y existe des facultés de médecine, mais quand des compatriotes fortunés ont des soucis de santé, c’est en europe qu’ils vont se faire soigner. Pareillement, nous avons des écoles d’ingénieurs, mais l’essentiel des équipements consommés par nos compatriotes, sont fabriqués en europe ou en asie. et pour couronner ces constats relevant de l’oxymore, malgré les différentes facultés des sciences juridiques et politiques, mais lorsque des « lois en vigueur » sont manifestement vidées de leur substance, ce sont des universitaires qui s’efforcent d’essayer de justifier l’injustifiable…

au vu de ce qui précède, il est donc conséquent que jusqu’à présent, dans notre actuel environnement camerounais où prédomine la médiocratie, les diplômes ne sont que des coquilles vides, puisqu’à partir du moment où ce sont les mêmes enseignants qui forment les étudiants des cycles classiques et ceux des cycles professionnels, il devient évident que l’éducation censitaire n’est qu’un moyen plus ou moins ingénieux de rehausser l’épaisseur social desdits enseignants, et donc subséquemment que les licences, masters ou doctorats dits professionnels, n’ont substantiellement rien de bien différents vis-à-vis de leurs répondants éponymes.

Monsieur le professeur Minkoa she, s’il faut le dire en un mot, à mes yeux, vous êtes l’homme qu’il faut à la tête de l’enseignement supérieur camerounais, attendu que loin de toute propagande rhétorique, vous avez sans coup férir affronté, à vos risques et périls, les promoteurs et les promus de l’éducation censitaire, qui comptent parmi de très hauts-commis de l’état. oui, au rang des hommes intelligents, une telle opiniâtreté mérite d’être reconnue, surtout qu’en plus de n’avoir pas fléchi le genou devant des membres influents de l’appareil politico-bureaucratique de notre pays, vous avez aussi tenu tête à la masse estudiantine, qui a été accoutumée à un environnement pédagogique où le service minimum est devenu la norme.

En effet, les dividendes de vos actions aussi énergiques qu’impopulaires, qui pour l’instant ne sont localisables qu’au sein de l’université de Yaoundé 2, sont de nature à profondément bouleverser, non seulement l’enseignement supérieur camerounais, mais aussi et surtout notre environnement économico-socio-politique, attendu qu’au fur et à mesure que les diplômes commenceront à équivaloir à de réelles compétences observables chez les étudiants, c’est tout le corps social qui en sera impacté.

Monsieur le recteur, vous tenez le bon bout, et a posteriori à mes yeux, votre foi apparait plus structurante que celle de vos collègues, qui ont opté de faire profil bas, en adoptant des stratégies de contournement ou de survie, c’est-à-dire en acceptant de se fondre dans la médiocratie ambiante qui sévit au cameroun. et justement, à l’encontre de vos collègues, vous êtes la seule figure capable de leur imposer d’arrêter de se livrer au service minimum pédagogique, dont ils sont coutumiers depuis plusieurs années. oui, à la décharge des étudiants des cycles classiques et professionnels, ce sont des cours bâclés et des processus évaluatifs hasardeux, qui sont servis auxdits étudiants, et qui sont constitutifs de ce que nous appelons, service minimum pédagogique.

en effet, s’agissant des cours bâclés, un enseignant qui vient dicter des cours dans un amphithéâtre, verse dans le service minimum, car il y a là, non seulement un énorme gâchis de ressources temporelles, mais davantage une transmission des connaissances quasi-nulle aux étudiants. oui, en vérité, un cours bien fait, est une profonde incursion épistémologique, aussi éprouvante et fatigante pour l’enseignant, qu’excitante et palpitante pour l’étudiant. Un cours ne peut pas être de la navigation à vue. Un enseignant devrait mettre à la disposition des étudiants, dès le 1er jour, toute la masse documentaire attenante à son enseignement. Cette masse documentaire devrait être rigoureusement segmentée en fonction du nombre de séances de cours prévues. Une fiche pédagogique devrait être élaborée, pour chaque séance, et mentionner expressément les aptitudes cognitives attendues de l’étudiant, à la fin de la séance. un article scientifique devrait être associé à chaque fiche pédagogique, car c’est non seulement l’occasion idoine de familiariser l’étudiant avec la lecture assidue, mais aussi et surtout l’opportunité heuristique d’expliquer en situation réelle la mécanique de construction desdits articles, notamment la manipulation, par des maîtres aguerris, des théories et des méthodes inhérentes au monde des sciences sociales. En toute bonne foi, il serait difficile de concevoir que l’étudiant moyen soit un autodidacte, et donc subséquemment, c’est le corps enseignant qui doit déployer de l’intelligence pour créer des séries de ruptures épistémologiques dans l’esprit des étudiants, afin qu’au bout de la chaîne, les diplômes correspondent à des compétences réelles.

L’étudiant à qui j’ai donné la note de 1,5/20 est quelqu’un d’assez intelligent, qui a compris que les correcteurs ne lisent pas véritablement leurs copies d’examen, mais se contentent de jeter un rapide coup d’oeil sur le plan et l’aspect général de leurs dissertations. l’étudiant a produit un bon plan et l’aspect général de sa copie d’examen est suffisamment ergonomique, mais dans son développement, il a recopié les mêmes phrases partout, et il aurait eu 13/20 si je n’avais pas lu attentivement sa copie.

L’étudiant à qui j’ai donné la note de 18/20 est quelqu’un dont le travail mérite d’être désanonymé et publié, à l’effet que cela serve d’émulsion aux autres étudiants.

Plus généralement, le professeur Michel Kounou de regrettée mémoire, s’était heurté à l’époque, à un mur d’adversité qui a eu raison de lui, car sa volonté de publier un annuaire des enseignants actifs de la faculté des sciences juridiques et politiques, était de nature à mettre le focus sur le fait qu’il y a suffisamment de ressources humaines dans ladite faculté, pour faire un travail de qualité. Dit autrement, ceux qui l’ont combattu, sont les mêmes qui vous combattront, à savoir ces enseignants-là qui sont coutumiers du service minimum.

Monsieur le Recteur, au vu des pressions auxquelles vous avez su résister, relativement aux actions que vous avez initiées depuis votre accession à la tête du Rectorat de l’Université de Yaoundé 2, assurément vous saurez contraindre ces Enseignants coutumiers du service minimum, à faire le travail pour lequel l’État les paye, car il est impossible pour un Enseignant qui doit véritablement s’investir, aussi bien dans la transmission des compétences cognitives aux étudiants, que dans les processus évaluatifs desdits Étudiants, de servir deux (02) Maîtres à la fois. Oui, il est impossible d’être Haut Responsable Administratif, de dégager des ressources temporelles et cognitives pour les différentes Administrations de la République, et de prétendre pouvoir aussi dégager des ressources identiques, au service des Étudiants, notamment la conception des fiches pédagogiques, la sélection d’articles scientifiques, la disponibilité dans les amphithéâtres, le rendu sémantique le plus efficient pendant les Cours Magistraux et les Travaux Dirigés, et bien sûr in fine, l’évaluation des copies d’examen.

Monsieur le Recteur, pour clore cette correspondance, et quoique la constance de votre action apparaisse comme la volonté de faire prévaloir la légalité sur la légitimité, ce qui relève même d’ailleurs de l’impératif moral dans un état de droit, qu’il puisse néanmoins m’être permis d’introduire des doléances accommodantes, à l’égard des étudiants des filières dites professionnelles, qui ont partie liée avec votre institution, avant l’avènement des salutaires réformes que vous avez initiées, puisqu’autant que cela dépende des moyens que la divinité suprême nous a prêtés plus ou moins gracieusement, la quintessence de votre action devra être poursuivie à l’échelle nationale, car il s’agit très exactement de déconstruire l’ordre sociétal créé, il y a une soixantaine d’années, par le général de gaulle et les réseaux Foccart. Oui, il s’agit de transmuter le régime de la force, qui sévit actuellement dans notre environnement économico-socio-politique, par le règne de l’intelligence, qui nous assurera un mieux-être républicain.

Achevé et Publié à Soa, le 12 octobre 2019, par Yves Faustin Zokuo Etouke, Épistémologue, Moniteur de Science Politique, Université de Yaoundé 2.

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