Cameroun : Serge Aimé Bikoï analyse le premier jour du Grand Dialogue national

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Le Sociologue et analyste politique est aussi en service à la Radio Tiémeni Siantou, une radio émettant en modulation de fréquence (Fm) dans la capitale camerounaise.

« Au-delà de la grande parade vécue ce jour (lundi, 30 septembre 2019) au Palais des congrès de Yaoundé, laquelle a été auréolée d’allocutions, le discours de Yannick Kawa, porte-parole des ex-combattants, a tenu en haleine plus d’un. Non seulement son discours a marqué bien de personnes, mais bien plus l’on s’est rendu compte que ce jeune a dérogé à l’ordre protocolaire, en relayant les formes de discriminations, de disqualifications et de marginalisation dont les compatriotes du Nord-Ouest et du Sud-Ouest sont victimes depuis des lustres. Bien que certains critiques considèrent Kawa comme un pseudo ex-sécessionniste du fait, disent ceux-là, de l’appartenance à des milices de certains pontes de la République, le franc-parler de ce jeune homme cher aux concitoyens anglophones est digne d’intérêt. Toute chose ayant été à l’origine de la salve d’applaudissements du gratin des personnalités publiques massées.

En dehors de cette image forte de la plénière (la première diffusée en direct de la télévision publique) du palais des congrès, quelques images des coulisses intéressent plus d’un. La première coulisse a trait au fait que certains leaders politiques de l’opposition ont eu, certes, un carton d’invitation pour la plénière, mais leurs noms ne figurent dans aucune commission.

C’est un membre du bureau politique de l’Union démocratique du Cameroun (Udc) ayant requis l’anonymat qui attire l’attention d’un journaliste de la Rts et qui demande comment le Mouvement pour la nouvelle indépendance et la démocratie (Manidem), dirigé par Anicet Ekane, formation politique qui n’a aucun élu local, peut jouir de quatre places au sein des commissions et non l’Udc, qui détient quatre sièges de députés et cinq communes au terme du double scrutin législatif et municipal du 30 septembre 2013.

Seule Patricia Tomaino Ndam Njoya, députée Udc, a bénéficié d’une invitation à la plénière, les autres cadres du parti évalués à près d’une dizaine n’ayant pas été intégrés dans les commissions. Le parti de Adamou Ndam Njoya n’est, d’ailleurs, pas la seule formation politique à subir ce cas d’incongruité. Le Mouvement citoyen (Moci), dont le leader national est Théophile Yimgaing Moyo, a certes, eu un carton d’invitation pour assister à la plénière, mais l’homme politique a daigné ne pas se présenter puisque son parti n’ayant pas eu droit au statut de délégué dans différentes commissions.

Il en est de même de l’Alliance patriotique (Ap), dont Moyo est l’une des têtes emblématiques, dont les membres n’ont pas été cooptés comme délégués aux commissions. Parfait Ndom, Henriette Ekwe, etc. cadres ce parti politique ayant fait le déplacement ne font guère partie intégrante desdites commissions. Le Secrétaire général du Sdf, lui aussi, affirme n’être pas intégré dans une commission donnée. Toute chose qui est une curiosité au regard de la représentativité de cette formation politique au parlement et sur l’échiquier politique national.

Bien de leaders et acteurs politiques ne feront donc pas partie des huit commissions créées et constituées de 2500 participants, soit 300 dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest (150 par région), 50 par région (les huit autres) et 50 pour la diaspora. Après avoir jeté un regard holistique sur certaines commissions, il apparaît que la stratégie du pouvoir en place consiste à disséminer les 300 représentants du Noso dans les huit commissions dont font partie intégrante aussi les pairs francophones. L’enjeu est de diluer les positions contestataires de ces compatriotes anglophones concernés par la crise socio-sécuritaire et d’étouffer toutes formes de propositions visant à instaurer une nouvelle refonte de l’État exigée depuis des lustres.

Un universitaire originaire du Nord-Ouest fait, en effet, savoir que en intégrant exclusivement des représentants du Noso dans quelques commissions, l’on a la chance de faire ressortir des propositions et, au final, des résolutions émanant du fruit de leur logique interne. La forte prégnance des mandataires du parti au pouvoir dans ces commissions va, sans doute, plomber les joutes à cause de la sur-représentation des propositions faites par ces participants.

L’on ne saurait deviser sur ces quelques clichés sans faire une insistance sur le jeu des discours des acteurs. En dehors de celui de Yannick Kawa, dont mention a été faite supra, la Plénière de l’après-midi, bien que se tenant à huis clos pour des raisons que seul le gouvernement sait, a été marquée par le discours du sultan Ibrahim Mbombo Njoya, délégué du Rdpc, et celui du Chairman Ni John Fru Ndi, leader du Social democratic front (Sdf).

Le Roi des Bamoun a relevé, en substance, cinq déterminants sur lesquels le système gouvernant en place mérite de mettre l’accent pour implémenter un nouveau processus de re-construction du Cameroun. Pour le chef de la délégation permanente régionale de l’Ouest du Rdpc, « le problème qui se pose au Cameroun est celui de l’alternance et le seul remède qui pourrait guérir le mal est:

  1. La révision de la Constitution
  2. La limitation du mandat présidentiel à 2 fois 5 ans non-renouvelables.
  3. L’élection présidentielle à deux tours
  4. La révision du Code électoral
  5. La décentralisation, dont il faut accélérer la mise en place dans les six mois, qui suivent le dialogue.

Le leader du Sdf a également un diagnostic sans complaisance de la décentralisation. Pour le Chairman, « la décentralisation a tué l’esprit de développement communautaire, qui était le trait caractéristique de l’État fédéré du Cameroun occidental et des responsables nommés se sont enrichis en appauvrissant les citoyens de ce pays si potentiellement riche, mais si pauvre.

Nous voici face à l’histoire! Voici le moment de décider si nous voulons construire ou détruire l’avenir de ce pays. Nous en appelons donc à la conscience de chaque conférence afin qu’il pense aux enfants qui souffrent dans la brousse, ainsi qu’aux nombreuses personnes affligées par la crise anglophone ».

La principale force politique de l’opposition camerounaise fait un ultimatum au régime en place, en annonçant que si les propositions qu’elle a faites lors des consultations à la primature ne sont pas prises en compte, elle va se retirer du dialogue tant la vérité doit toujours prévaloir.

Le Don King »

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