Cameroun – Sécurité : Raoul Sumo Tayo dit ce qu’il pense du discours de Paul Biya

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L’Expert en défense et sécurité, qui a accordé une interview à Lucien Bodo de Cameroon Tribune déclare que « Le président Biya propose une grille de lecture intéressante ».

Jusqu’ici, on parlait surtout du coronavirus sur son aspect sanitaire et ses conséquences socio-économiques. Mais dans son message à la Nation du 31 décembre, le président de la République analyse la situation sous un autre prisme, comme une guerre silencieuse dans la course « aux armes nouvelles ». Comment comprenez-vous cette sortie du chef l’État ?

Dans l’analyse des causalités de la pandémie de Covid-19, le président Paul Biya propose, sous la forme d’une hypothèse, une grille de lecture assez intéressante qui, jusqu’ici, n’a pas fait l’objet d’une réflexion profonde à l’échelle nationale et internationale. Par qui et à quelles fins a été créé le virus ? La réponse à cette question est fondamentale, car il ne sert à rien d’arrêter le virus sans déconstruire la machine et les mécanismes qui ont conduit à sa production. C’est une réflexion à laquelle nous invite le chef de l’Etat, sans passion et loin de toute tentation complotiste car, quelles qu’en aient été les buts initiaux, il est indéniable que le virus actuel est le résultat de manipulations humaines. L’intérêt du prisme que propose le président tient de ce que dans notre recherche de solutions contre la Covid-19, nous ne devons pas négliger la dimension prophylactique. Il ne faut surtout pas amputer de la réflexion un pan entier où elle pourrait être fonctionnelle, notamment le lien causal possible entre la course aux armements nouveaux et la pandémie actuelle.

Comment ce genre de crise influence-t-il les rapports entre les Etats ?

La pandémie de la Covid-19 a entraîné des replis nationaux et révélé la crise de certaines institutions internationales telles que l’OMS. Mais elle a surtout accéléré le processus historique de durcissement des frontières et de « teichopolitisation » du monde. Les États ont fait de la fermeture de leurs frontières et de l’organisation des mobilités internationales, les principales modalités de la protection des sanctuaires nationaux contre l’expansion de la pandémie. Il va sans dire que la récession et la forte chute du commerce international vont exacerber les compétions pour l’accès aux ressources et aux marchés. L’on assiste déjà à un regain de protectionnisme lié à l’impératif de contrôle de la production des biens stratégiques.

Paradoxalement, le caractère transnational de la menace rend nécessaire un renforcement de la coopération internationale, ce d’autant plus que les virus et microbes ne s’embarrassent pas des formalités de visas pour aller d’un pays à un autre. La mondialisation a rendu les frontières évanescentes et rendu inopérantes le concept d’intérieur et d’extérieur en matière de santé publique. Les transports internationaux liés au commerce et aux échanges influencent la géographie des pathologies et les problématiques de santé publique.

Y a-t-il un risque de voir se multiplier des catastrophes sanitaires résultant d’une concurrence entre grandes puissances ?

Le risque existe et il va d’ailleurs grandissant. De la situation de rivalité de plus en plus ouverte entre une puissance dominante, les USA, et une puissance montante, la Chine, découle logiquement ce que le politiste américain Graham Allison appelle le « Piège de Thucydide ». En effet, historiquement, chaque fois qu’une puissance montante a contesté, rattrapé et dépassé la puissance dominante, on a généralement abouti à une guerre. Cette dernière peut prendre des formes inattendues, ce d’autant plus que malgré la signature d’une convention sur l’interdiction de développement, de production et de stockage des armes biologiques et toxines et de leur destruction, certains États développent des virus chimères par manipulation génétique et pouvant déclencher des maladies auto-immunes dévastatrices. De plus, dans un contexte d’hyper-puissance américaine, l’on note une tendance à la contestation de la matrice occidentale du fait guerrier. En Chine particulièrement, l’on évoque de plus en plus l’idée d’une dérégulation de la guerre, d’une « guerre hors limite », suivant le titre d’un ouvrage récent publié par Qiao Liang et Wang Xiangsui, deux colonels de l’armée chinoise. Ces derniers revendiquent la possibilité pour tout pays de recourir à des méthodes extrêmes, dès lors qu’il y a un intérêt.

Quelle analyse faites-vous du comportement de l’Afrique, en général, et du Cameroun en particulier, dans le cadre de cet affrontement entre les puissances ?

Comme le reste de l’Afrique, notre pays a montré une exceptionnelle capacité de résilience face à la pandémie. Ce qui se passe donne largement raison à notre compatriote Fred Eboko, spécialiste des politiques publiques de santé en Afrique qui, face aux prévisions alarmistes, avait souligné le fait que nos pays avaient tiré les leçons des pandémies passées et avaient gardé une mémoire administrative, sanitaire, politique et épidémiologique assez forte. L’enjeu aujourd’hui est celui d’une mobilisation pour parer aux risques d’inégalités quant à l’accès aux vaccins, l’objectif étant de faire prévaloir la position défendue par le secrétaire général de l’ONU et soutenue par l’Union européenne pour qui le vaccin doit être « un bien public mondial ».

Source : Lucien BODO, C.T.

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