Cameroun : Pourquoi les transferts de la Diaspora baissent-ils

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Les Camerounais vivant à l’extérieur font partie de la diaspora qui renvoie le plus d’argent au pays dans la sous-région, avec des chiffres en croissance. Cependant, plusieurs milliards de FCFA sortent aussi du Cameroun, du fait des autres diasporas.

« S’agissant du comportement excessif de certains de nos compatriotes de la diaspora – qu’ils soient ou qu’ils ne soient plus Camerounais – je pense qu’ils devraient, par patriotisme, s’abstenir de propos négatifs à l’égard de leur pays d’origine. » Dixit Paul Biya dans son message à la nation le 31 décembre 2019. Le chef de l’Etat camerounais connaît bien l’importance de la diaspora d’un pays aussi bien sur le plan intellectuel que sur le plan financier. Il fit partie de la première quand il était étudiant en France à la fin de la décennie 50. Aujourd’hui, cette diaspora participe à Produit intérieur brut (PIB) à près de 1%.

Selon le dernier rapport de la Banque mondiale, la diaspora camerounaise en renvoyé vers le Triangle national en 2019 via les moyens formels connus tels Western union, Worldremit, Moneygran, RIA, Transferwise 197.539.109.593 (soit 0,85% du PIB), plaçant ainsi le pays de Paul Biya au 122e rang mondial sur 186 pays répertoriés. Les Egyptiens renvoient vers leur pays cent fois plus, soit près de 16.000 milliards de FCFA. Le pays des Pharaons constitue la cinquième diaspora économiquement utile en Afrique, bien loin derrière l’Inde (première), la Chine, le Mexique et les Philippines.

Le rapport 2019 de la Banque mondiale renseigne que le Cameroun est deuxième dans la sous-région Afrique centrale, derrière la République démocratique du Congo (RDC). Si l’on en croit le «Panorama des transferts de fonds dans les pays de la CEEAC››, cette contribution de la diaspora camerounaise est plutôt en régression car, en 2018, les Camerounais de l’extérieur avaient envoyé plus de 201 milliards de FCFA « au pays ».

Des chiffres qui avaient attiré le gouvernement camerounais au point de chercher à accompagner la diaspora pour un investissement viable. C’est ainsi qu’il a organisé les 28, 29 et 30 juin 2017 un forum baptisé Fodias et dont le thème était « Le Cameroun et sa diaspora : agir ensemble pour le développement de la nation » à l’intention des Camerounais de l’étranger ainsi que les personnes d’origine camerounaise. Question de « présenter les initiatives du gouvernement en faveur de sa diaspora, de faire connaitre la diaspora et assurer la visibilité de ses actions en faveur du développement du Cameroun, ainsi que de mettre sur pied une plateforme de communication, afin d´améliorer les conditions d´un dialogue inclusif qui permettraient de capitaliser les atouts de cette composante spécifique de la nation, en vue du développement du pays».

Le gouvernement camerounais n’était pas allé de mains mortes pour aguicher les quelque 5 millions de Camerounais, qui vivent loin du Triangle national. Un communiqué de presse du ministre des Relations extérieures (Minrex) précise que des dispositions ont été prises afin de leur assurer des facilités multiples, en termes d’octroi par les ambassades et consulats du Cameroun des visas de courtoisie et de réduction des tarifs hôteliers dans la ville de Yaoundé.

Doutes

Lors d’une visite du chef de l’Etat camerounais en France en 2009, il avait rencontré des membres de la diaspora et leur avait demandé d’apporter leur savoir-faire au développement du Cameroun. Paul Biya lui-même sait une chose : des Camerounais ont acquis la nationalité de leur différents pays d’accueil, afin d’éviter certains obstacles. Notamment en ce qui concerne leurs déplacements. Les membres de la diaspora, qui ont gardé leur passeport camerounais ont pu participer à l’élection présidentielle.

Mais, l’épineuse question reste celle de la double nationalité proscrite au Cameroun depuis le 11 juin 1968. Ce qui arrange les politiciens locaux car, cette Loi – n° 1968-LF-3 du 11 juin 1968, Portant code de la nationalité camerounaise – disqualifie les Camerounais, qui aimeraient participer a développement du Cameroun, aussi bien sur le plan économique que sur le plan politique.

Le même rapport de la Banque mondiale indique que les étrangers vivants au Cameroun ont renvoyé vers leurs différents pays plus de 50 milliards de FCFA, plaçant ainsi le Cameroun à la 120e place de l’origine des fonds de la diaspora. Certes la « balance » est positive en faveur du Cameroun. Mais, cela démontre que le pays de Paul Biya n’est pas une destination très prisée pour venir y gagner sa vie et rapatrier les fonds. Ce classement est en harmonie avec celui de Doing Business des pays où il est aisé de faire les affaires.

En ce moment, ce n’est plus la diaspora qui est pointée du doigt pour son manque de patriotisme. Mais, les politiques publiques en matière d’attractivité.

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