Cameroun : Où vont les frais d’Apee que paient les parents d’élèves ?

0
327

Voilà 10 jours que les carillons de la rentrée scolaire 2019/2020 ont sonné dans les différents établissements d’enseignements primaires, maternels et secondaires du Cameroun. la particularité des établissements publics étant l’exigence, à l’inscription, du paiement des frais d’Apee (association des parents d’élèves et d’enseignants). Officiellement – et tel est le refrain que reprennent tous les responsables desdits établissements – ces frais ne sont pas obligatoire. La réalité est toute autre. Diamétralement opposée au discours.

Selon l’annuaire le plus récent du ministère des Enseignements secondaires (Minesec), le Cameroun a totalisé, pour l’année scolaire 2014/2015 un nombre de 2.141.077 élèves dont 1.517.217 relevant du secteur public. Notamment les lycées et collèges. Les frais d’Apee (association des parents d’élèves et de parents) oscillant entre généralement entre 30.000 FCFA et 10.000 FCFA, la moyenne de 15.000 FCFA permet d’estimer à 22.758.255.000 FCFA les frais d’Apee payés par les parents, outre les frais d’inscription à ces différents établissements publics.

Dans le secteur de l’éducation de base, l’annuaire statistique de l’Education de Base (Minedub) pour 2016 révèle que le Cameroun compte 4.481.235 écoliers dont 3.412.087 relevant du secteur public. Tous calculs faits sur la base de 5.000 FCFA des frais d’Apee généralement pratiqué dans cette catégorie, les parents verseraient au système éducatif 17.060.435.000 FCFA. Soit un total de 39.818.690.000 FCFA.  Ce ne serait pas exagéré d’arrondir ce chiffre à 40 milliards de FCFA. Il faut noter que le seul département du Mfoundi engrange plus de 2 milliards de FCFA pour l’enseignement secondaire, avec ses trente-huit établissements d’enseignement secondaire.

Où va donc cet argent ?

« Il sert à soutenir les établissements à supporter certaines charges pédagogiques pour le bien de nos enfants », confie Armand Emmanuel T., parent d’élève et président d’une Apee. Un chef d’établissement, qui a préféré requérir l’anonymat, « afin d’éviter une mauvaise publicité », selon lui, « des tables-bancs sont achetés, des bâtiments sont construits, des enseignants des parents sont payés, etc. », explique-t-il.

Un tour dans un établissement public de la ville de Yaoundé, précisément au lycée bilingue de Mendong, dans l’arrondissement de Yaoundé VI, permet de découvrir un bâtiment composé de trois salles de classe en construction. « Voilà une preuve de l’utilisation et de l’utilité des frais d’Apee », indique un enseignant, visiblement importuné par la question de la destination des frais d’Apee.

Au lycée Général Leclerc, visiblement, rien n’a changé. Qu’a-t-on alors avec les recettes réalisées l’année scolaire 2015/2016 estimées à 112.841.000 FCFA dans un établissement comptant officiellement 5.939 élèves pour un montant de frais d’Apee fixé à 19.000 FCFA?  Sur les hauteurs de Ngoa-Ekelle, l’on affiche le transport et réhabilitation tables-bancs, l’achat des détecteurs des métaux, le payement des vacataires et personnel d’appui ou l’électrification des salles d’informatique, entre autres réalisations, pour expliquer les dépenses élevées à 104.995.010 FCFA.

Dérives

L’élève du lycée de Nguelemendouka dans la région de l’Est lui, se plaindrait qu’il s’agit là des services de luxe, pour lui qui n’a même pas de salles de classe en bon état. Et pourtant, c’est de cette localité qui viendra l’une des réponses à la question de savoir : où vont les frais d’Apee. En mai 2015, le proviseur du lycée classique, Mathurin Ayek Mvomo, cité par Cameroon Tribune évalue à 2.274.750 FCFA, les fris d’Apee distraits par le président de l’Apee, Jean Paul Ekanga et le collecteur desdits frais, le censeur numéro 2, Yiya Erick Désiré. En 2013, la même source révèle que quatre présidents d’Apee avaient été suspendus à Bertoua, le chef-lieu de la région de l’Est. Ils pratiquaient de la surfacturation, exigeant aux parents d’élèves 10.000 FCFA au lieu de 3.500 FCFA.

Il est aussi arrivé en 2015 qu’un président d’Apee soit traîné dans un commissariat de Makak, département du Nyong-et-Kellé, région du Centre, pour détournement des frais d’Apee, à la demande du ministère des Enseignements secondaires, après des plaintes des parents d’élèves. Plus loin, dans le temps, en 2005, Jean Paul Sak se souvient avoir apporté deux tables-bancs au lycée de Biyem-Assi, en plus des frais d’Apee, parce qu’il était un nouvel élève. Lors de l’année scolaire 1992/1993, ce sont les élèves d’un lycée de Douala qui avaient organisé une grève car, il leur était exigé, en plus des frais d’Ape « obligatoire », deux tables-bancs.

Fortune

A Douala, en 2013, c’est un collectif des délégués des parents d’élèves du lycée bilingue de Deïdo qui monte au créneau et adresse un mémorandum au chef de l’Etat Paul Biya. Raison évoquée : les frais d’Apee passent de 8.500 FCFA à 17.000 FCFA puis à 30.000 FCFA. Pour l’année scolaire 2012/2013, ce lycée, qui comptait 6.000 élèves, a collecté 115 millions de FCFA dont le collectif exigeait alors [du président de l’Apee et du proviseur] le bilan de la gestion desdits fonds.

En réponse : un bâtiment de 18 salles de classes, un R+2, avait expliqué le président de l’Apee, M. Wamba. Même si les parents d’élèves ont vu la main du proviseur. Les frais d’Apee avaient connu la même gymnastique au Lycée Bilingue de New-Bell, allant de 14.000Fcfa à 28.000 FCFA en 2014, puis à 33.000Fcfa cette année en: 2015.

La géométrie des frais d’Apee dépend du « budget fixé par le conseil d’établissement, selon les besoins de l’établissement », explique Armand Emmanuel T. président d’Apee. Ainsi, l’on aura 10.000 FCFA au lycée de Déido, 7.000 FCFA au lycée Joss (1er cycle), 10.000 FCFA au lycée de New-Bell tous de Doualae, 17.000 FCFA au lycée bilingue de Nanga-Eboko, 10.000 FCFA au lycée de Domayo à Maroua.

Pour la ville de Yaoundé, le montant des frais tourne autour de 17.500 FCFA. Le lycée d’Afan-Oyoa bat les records avec ses 30.000 FCFA. Le lycée technique de Nsam est à 29.000 FCFA pendant que le lycée bilingue d’Essos, le plus populaire de Yaoundé avec ses 7488 élèves n’exige que 21.000 FCFA. Il tient la plus grosse caisse remplie de 157.248.000 FCFA lors de l’année scolaire 2015/2016. Pour le cas de la ville de Yaoundé, les proviseurs sont des ordonnateurs des frais d’Apee oscillant entre 157 millions de FCFA et 7 million de FCFA. Le même visage pourrait se retrouver à Douala.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici