Cameroun – Opération Epervier : Mebe Ngo’o ou le destin brisé d’un fidèle de Paul Biya

0
298

Présenté dans les arcanes du pouvoir comme l’héritier présomptif du président de la République au nom de sa loyauté et les faits d’armes qui plaident largement en sa faveur, l’ex ministre de la Défense tombé en disgrâce à cause d’une affaire abracadabrantesque de détournements de deniers publics, a choisi la discrétion.

C’est l’histoire d’un haut commis de l’Etat, broyé par un rouleau compresseur qui n’épargne aucun serviteur loyal du président de la République. C’est aussi la mésaventure d’un administrateur civil rompu à la tâche mais, pris en tenaille par des thuriféraires d’un régime qu’ils n’ont jamais servi avec la même hargne, le même engagement et la même fidélité. Retracer la trajectoire d’Edgar Alain Mebe Ngo’o aujourd’hui, se résumerait à parler d’un patriote qui, au-delà de sa discrétion légendaire sur laquelle il a bâti sa carrière, n’a jamais renoncé à l’amour pour son pays. Depuis 19 mois qu’il est resté en attente de jugement, l’ex Mindef n’a jamais bronché ; il est resté taiseux, choisissant de souffrir en silence et de clamer sereinement son innocence dans cette affaire où plusieurs apparatchiks du Pouvoir veulent le voir toucher le fond.

Mebe Ngo’o, c’est surtout une carrière bien remplie. Dix années de préfectorale, sept ans et six mois comme Directeur du Cabinet civil (Dcc) du président de la République, cinq ans à la Délégation nationale de la sûreté nationale (Dgsn), six années de bons et loyaux services au ministère délégué à la présidence de la République en charge de la Défense et enfin, trois ans comme ministre des Transports. Soit au total 21 ans de fonctions de rang ministériel. De quoi lui valoir des médailles et des lauriers pour ses états de service avec pour socle, la rigueur, l’abnégation, le sens de la patrie, le goût du travail bien fait et la politique des résultats. Après plus de 10 mois de détention en compagnie de son épouse non fonctionnaire et de trois autres proches et anciens collaborateurs dont un officier supérieur considéré comme victime collatérale, il est renvoyé le Tribunal criminel spécial (Tcs) par une ordonnance de renvoi aussitôt diffusée à grand renfort publicitaire dans les réseaux sociaux et autres médias, au mépris de la réserve due aux affaires réservées ainsi qu’au secret défense relevant respectivement du Cabinet civil du président de la République et du Mindef.

*Remboursement de la dette*

Il lui est reproché un détournement de plus de 20 milliards de Fcfa, représentant des surfacturations et marchés fictifs, deux détournements de 196 milliards Fcfa représentant le coût total d’une Convention de prêt par laquelle Paul Biya a obtenu de la Chine, le rééquipement de toutes les composantes de l’Armée camerounaise. Et pour ne rien arranger, Mebe Ngo’o est également accusé de blanchiment aggravé des capitaux pour 20milliards Fcfa.  Des chefs d’accusation qui tombent sur le sens, à en croire des spécialistes des finances ; tant il est vrai qu’ils sont émaillés d’incongruités. L’ordonnateur peut-il surfacturer les prix en présence du contrôleur financier présenté comme le gendarme du ministre des Finances chargé de veiller à la protection des fonds publics ?

Est-il concevable que les services financiers payent 16 milliards Fcfa de marchés fictifs. Qui plus est, s’agissant des commandes de la fête nationale du 20 mai. Quel est le contingent militaire qui aurait accepté d’être frustré de sa dotation de matériels sans faire des remous ? La Convention de prêt Polytechnologies a été intégralement exécutée au profit de l’Armée de terre, l’armée de l’air, la Marine nationale, le Corps national des Sapeurs-pompiers et la Gendarmerie nationale. A preuve, le Cameroun a entrepris le remboursement de sa dette auprès d’Eximbank of China qui d’après la Caisse autonome d’amortissement (Caa) arrivera à échéance en 2022.

*Rouleau compresseur*

Veut-on faire croire que Mebe Ngoo a détourné le pactole en complicité avec la cinquième puissance du monde ? Depuis le 7septembre 2020 conformément à la théorie du tristement célèbre rouleau compresseur, le natif de Sangmelima fait l’objet d’une nouvelle procédure judiciaire concernant le projet espagnol Defex également initié par le Chef de l’Etat toujours par voie de Convention de prêt avec l’État espagnol. Projet intégralement exécuté et dédié au Système intégré de sécurisation des côtes maritimes avec composantes détection navale et aérienne avec acquisition d’un avion militaire de transport à l’état neuf de type Casa CN 235. Plus intrigant, la diffusion de l’ordonnance de renvoi dans les réseaux sociaux n’a-t-il pas pour but de violer la présomption d’innocence ou mieux, de soulever l’opinion publique contre le prévenu à travers des montants démentiels et de la préparer au passage en force judiciaire qui permettrait une condamnation lourde ?

Autres conséquences découlant de cette chasse aux sorcières, la violation du secret lié aux affaires réservées du Cabinet civil du président de la République et au secret défense concernant les affaires militaires. A propos de la Convention de prêt avec la Chine, « le témoignage du haut commandement militaire sera indispensable à la manifestation de la vérité en ce qui concerne l’effectivité des livraisons des équipements », fait savoir un magistrat qui a requis l’anonymat.

*Volonté de démolir*

Pourquoi le Cameroun rembourse-t-il une dette qui aurait été détournée par un individu fut il ancien Mindef ? S’agissant des prétendues surfacturations, c’est connu de tous que la vérification des prix incombe exclusivement au contrôleur financier relevant du ministère des Finances. Lui qui contrôle par une application informatique non manipulable et qui doit par ailleurs se confirmer à la Direction du budget au Minfi.

Quant aux prétendus marchés fictifs, « il s’agit également d’une fiction au de la rigueur qui est de mise dans la chaîne du paiement », soutient mordicus notre source. Enfin, pourquoi faire appel à l’homme d’affaires Patrick Eyeffa, dépourvu de qualité et d’expertise pour évaluer les prétendues surfacturations en lieu et place du ministère du Commerce, autorité compétente et exclusive de l’État en matière de prix ? Surtout que l’intéressé se trouve par ailleurs être un fournisseur du Mindef dont 3 marchés ont été résiliés. Des interrogations qui trahissent une volonté de démolir l’ex Mindef.

*Jean François CHANNON* Le Messager

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici