Cameroun : Qui finance les fondations et les activités de mécénat?

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Est-ce la nouvelle trouvaille des Camerounais, à l’instar des réseaux sociaux. Elles sont nombreuses. Les Unes aussi anonymes, qui côtoient, grâce au même statut, les plus grandes, les plus célèbres, souvent très utiles, quand elles évoluent dans les couloirs de l’humanitaires. Celles axées sur les idées n’étant pas moins connues, même si leurs actions peuvent être parfois considérées comme « politiquement incorrectes », de par leurs « ligne éditoriale ». Ici, les hommes et femmes sont mobilisés. Les moyens matériels aussi. Ce qui nécessite un déploiement financier inéluctable. Mais alors, où trouvent-elles ces moyens financiers, ces fondations ? Pas faciles de le savoir, puisque « l’argent n’aime pas les bruits ».

Une enquête de CamerPress

Février 2016, le Cameroun vit un nouveau scandale financier, comme il en a l’habitude, depuis le début de l’Opération Epervier. Selon la Française Fanny Pigeaud, qui publie une enquête sur le site français Médiapart, 2 milliards de FCFA envoyés par la Fondation américaine Bill and Melinda Gates se sont évaporés. En effet, « depuis 2001, le Cameroun reçoit de Gavi Alliance, une organisation créée en 2000 par Bill Gates, qui finance la vaccination d’enfants dans les pays pauvres pour financer la vaccination d’enfants dans les pays pauvres.

Mais au lieu de servir à la vaccination, l’argent a été massivement détourné par un système de fausses factures. Plus de 3,5 millions de dollars se sont évaporés. » Les enquêteurs se sont en outre intéressés à l’achat de 116 pneus, dont les marques ne correspondaient pas à celles utilisées par les véhicules du ST. « Le volume de pneus commandés […] pour une flotte de 7 véhicules est d’après les concessionnaires automobiles […] rencontrés pour discuter de cette anomalie, difficilement concevable, sauf d’après leurs dires, à détruire immédiatement chaque série de pneus après achat », selon les auteurs de l’audit.

Quant aux « véhicules achetés neufs sur fonds Gavi, et encore sous garantie du constructeur », ils ont fait « l’objet de réparations pour des dizaines de millions de FCFA qui n’ont pas pu être justifiées, soi-disant par des garages totalement misérables et non équipés pour ce faire, et pour des montants largement surfacturés si ces prestations avaient été réelles et réalisées auprès des concessionnaires », révèle Médiapart. Tel est le côté sombre de l’utilisation des fonds des fondations, internationales ou nationales. Les origines des fonds étant désormais établies.

Sur le plan national, l’une des fondations les plus en vue, la FCB (Fondation Chantal Biya) du nom de la Première dame du Cameroun ne fait pas un mystère des origines de ses fonds. En 2008, lors d’une visite à la Fondation Chantal Biya de l’ancienne directrice générale de l’organisation mondiale de la santé (OMS), Dr Margaret CHAN, la secrétaire générale de la Fondation Habissou Bidoung Mkpatt lui avait confié que la structure vit des dons, des cotisations des membres et de la présidente fondatrice ainsi que des autres âmes de bonne volonté.

« Les dons proviennent des partenaires stables et solides et des partenaires ponctuels. Il est d’ailleurs à noter que la fondation bénéficie du statut consultatif spécial du conseil économique et social des nations

unies. Elle est également membre du réseau mère et enfant de la francophonie », expliquait alors Habissou Bidoung Mkpatt. Parmi les donateurs, qui peuvent être cités, le groupe français Bolloré dont l’un des

responsables, Dominique Lafont avait confié, en son temps que la Bolloré logistique a déjà financé la fondation Chantal Biya à hauteur de 50.000 euros. Comment oublier un autre groupe français, la maison d’édition EDICEF, qui a accompagné la Fondation dans la construction des écoles primaires. Lesquelles écoles ont été rétrocédées à l’Etat par le truchement du ministère de l’Education de base. Comme la FCB, plusieurs fondations évoluent dans le domaine de l’humanitaire.

Mais, souvent avec des origines différentes. A l’instar de la fondation Ad Lucem. Cette structure, la plus ancienne au Cameroun avec 82 ans d’existence, a choisi d’investir dans le domaine de la santé. La fondation médicale avait voté un budget de 5 milliards de FCFA pour l’année 2015. Des fonds issus des activités menées dans les dix hôpitaux Ad Lucem.

Familles Sans éloigner de la santé, la société de téléphonie mobile, MTN, vient d’offrir trois ambulances au ministère camerounais de la Défense.

Comment le leader de la téléphonie mobile finance-t-il sa fondation ? De sources officielles, MTN consacre 1% de son bénéfice à sa fondation mise en place en 2006. Ce qui lui permet d’être sur plusieurs fronts à l’instar des championnats de football Ligue 1 et Ligue 2, ou l’éducation. Parmi les fondations, qui mettent en valeur des personnalités ou familles

camerounaises, l’on peut citer la Fondation Muna, située au coeur de la capitale camerounaise. Selon des sources crédibles, elle est financée, à 90%, par la fratrie Muna, à la notoriété étable : Ben Acho, le doyen (décédé récemment) et son confrère Akere, tous deux anciens bâtonniers au Barreau du Cameroun

par ailleurs leader politique pour le premier et candidat déclaré à la prochaine présidentielle pour le second, ainsi que la cadette Ama Tutu, ancienne ministre des Arts et de la Culture, etc. Les autres 10% proviendraient des recettes de fonctionnement de l’infrastructure.

La fondation Paul Ango Ela a aujourd’hui comme tête de proue le Professeur Mathias Eric Owona Nguini. Créée le 20 avril 1999, la Fondation est un centre d’études, de recherche et de documentation privé et indépendant, qui a comme statut juridique celui d’association à but non lucratif de droit camerounais. Comment ne pas évoquer, dans le même domaine, la fondation allemande Friedrich Ebert, financée par le gouvernement de Berlin ? Les fondations nationales ou étrangères basées au Cameroun ont deux types de financement : les financements locaux et les financements étrangers. Mais alors, pour quelle utilité ?

* Toute l’enquête à retrouver en PDF dans CamerPress N°41 du 9 Janvier 2018

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