Cameroun : L’Impératif de la gratuité de l’école jusqu’au secondaire

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Une ‘’utopie’’ de l’ODD4 déjà réalisée par plusieurs pays africains. Le Cameroun a l’école publique parmi les plus chères d’Afrique. Symbole d’un injuste partage des richesses. Le Cameroun doit le faire, il en a largement les moyens.

30 000 Fcfa pour le petit de 6e, 40 000 Fcfa pour l’adolescente de 3e et 50 000 pour l’aîné de terminale. C’est la douloureuse que doit régler, dans un lycée public de Yaoundé monsieur M…, chômeur depuis la Covid19. En sus des frais exigibles, éventuellement des frais d’examen, se greffent les Frais exorbitants d’APEE officiellement facultatifs mais imposés aux parents afin de pallier au sous financement de l’Education (en dessous de la moyenne des pays africains). Pour un lycée de 4000 élèves et 40% d’enseignants vacataires, l’Etat octroie à peine un million de fcfa pour le fonctionnement. Sans les 120 millions de frais d’APEE cet établissement serait à l’arrêt, il en va de même pour les 3000 établissements secondaires publics du pays. Au primaire la gratuité décrétée par le Président de la République est au vu et au su de tous, dévoyée par de multiples frais (APEE compris) approchant 20 000 Fcfa dans certaines écoles !

Pire ! Le Gouvernement reconnait que ces ressources publiques non seulement sont loin de nos engagements internationaux et nationaux mais vont de surcroît vers les plus riches ! «La consommation des ressources publiques est faite d’une manière que l’on doit qualifier d’inéquitable puisqu’elle profite systématiquement à certains élèves dont les caractéristiques sont : masculin, urbain, hors régions septentrionales et dont les parents appartiennent au quintile supérieur de richesse. »(DSSEF 2013-2020).

La région de l’Extrême -Nord, la plus pauvre reçoit de l’Etat 2,2 fois moins de crédits que la région du littoral plus nantie et moins peuplée.  En clair, Le Cameroun a les écoles et les lycées publics parmi les plus chers d’Afrique si ce ne sont les plus chers !! Le manque d’argent, les grossesses et mariages précoces et l’échec scolaire sont les 3 principales causes d’abandon (avant les crises sécuritaires NOSO et Boko Haram) que la Covid19 a profondément exacerbées.

Le Gicam a compté plus de 96% des entreprises touchées par la crise économique post covid19 avec un impact sur l’emploi.  Un impact sur lequel le Gouvernement reste muet. Il n’est pas plus disert sur les grossesses précoces durant le Covid19. Les Nations Unies estiment qu’un million de jeunes filles en âge scolaire sont concernées. Si Madame la recteure de l’université de Ngaoundéré a apporté des appuis à une centaine de collégiennes enceintes dans l’arrondissement de Mbé, combien seraient-elles être sur l’ensemble du territoire ? Sans appui, des milliers de ces jeunes filles ne reprendront pas l’école.

En 2020, du BEPC au baccalauréat nous avons connu des baisses du taux de réussite de l’ordre de 15%. Au regard d’une telle aggravation de ces indicateurs, la probabilité quasi certaine d’une explosion record des abandons scolaires interdit toute inertie et commande d’oser une mobilisation courageuse et ambitieuse.

Le Cameroun doit OSER dès la rentrée scolaire 2020, LA GRATUITE DE L’ECOLE JUSQU’AU SECONDAIRE !

Il s’agit là de la cible N°1 de l’ODD4 : «  faire en sorte que toutes les filles et tous les garçons suivent, sur un pied d’égalité, un cycle complet d’enseignement primaire et secondaire gratuit et de qualité, qui débouche sur un apprentissage véritablement utile » . Le Cameroun y a adhéré comme tous les autres pays membres des Nations Unies.

Condescendants, certains clament qu’il s’agit d’une UTOPIE.

Pourtant, à ce jour, plus de 20 pays africains offrent au moins 9 années scolaires gratuites à leur jeunesse. Même des pays à bas revenus comme, le Mali, Djibouti, le Soudan, le Niger, le Burkina faso ou la Rca accordent 12 ans de scolarité gratuite. Le Cameroun est le SEUL pays à revenus intermédiaires au monde qui a du mal à réaliser la gratuité « réelle » ne serait-ce qu’au primaire !

Combien il en coûterait à l’Etat camerounais de réaliser cet objectif ?

Dans le secteur public, on estimerait à environ 5 millions le nombre d’élèves relevant de la maternelle et du primaire public et 2,5 millions pour le secondaire public qu’encadreraient des enseignants dont 30 à 40%  pris en charge par les APEE.

Pour soulager les parents de ce lourd fardeau, l’Etat DOIT accroître d’environ 100 à 120 milliards de fcfa les dotations aux établissements scolaires. Il DOIT le faire en dépit d’une conjoncture économique défavorable, d’autant plus que la Covid19 a rendu plus profondes les inégalités sociales, mettant à rude épreuve les capacités de résilience de centaines de milliers de ménages.

Le Cameroun peut-il ?

Si des pays moins nantis le font, le Cameroun peut aussi le faire. Par ailleurs en injectant 100 à 120 milliards de FCFA dans les établissements scolaires, la part de l’éducation dans le budget de l’Etat reste en deçà des engagements du pays et de la moyenne des pays africains. La Banque Mondiale est convaincue que le Cameroun a « une marge de manœuvre budgétaire suffisante pour augmenter substantiellement la dépense ».

Le Gouvernement ne devrait pas rester sourd à cet appel BECAUSE EDUCATION CANNOT WAIT !

Towa Koh Michel

Réseau Ecole Pour Tous ça Nous Concerne Tous

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