Cameroun : Les populations de la Vallée du Ntem Ambam dépossédées de leurs terres

0
198

Des revendications émergent dans un contexte de chevauchement des textes et de menaces d’une manifestation dans le chef-lieu de la Vallée du Ntem, région du Sud dont Paul Biya le président de la République est originaire.

Les populations Ntoumou et Mvae dans le département de la Vallée du Ntem, région du Sud, sont en colère. Selon des documents parvenus à notre rédaction, ils menacent d’organiser des manifestations de protestation dans les prochains jours, dans plusieurs localités de ce département frontalier à la Guinée Equatoriale. Pomme de discorde, elles se plaignent d’avoir vu leurs terres – plus de 66.430 hectares – arrachés par l’Etat pour rétrocéder, en concession, à un industriel.

Selon un jeune de ce département, au faîte du dossier, tout commence avec les populations locales qui découvrent des bornes cadastrales plantées derrière leurs maisons. Les mêmes populations locales sont interdites d’accéder à leurs champs, à leurs rivières pour pêcher. La grogne monte. Elles rapprochent de leurs chefs traditionnels, qui, eux-mêmes, relaient les préoccupations de leurs administrés. « Grâce aux élus locaux et parlementaires, une information est ouverte pour savoir de quoi il s’agit », confie ce jeune, qui a préféré requérir l’anonymat.

C’est ainsi que les populations apprennent qu’en 2012, précisément le 3 juillet, le ministre des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières avaient signé un décret déclarant d’utilité publique les travaux de construction de la réserve foncière pour l’agro-industriel Neo Industry SA dans la Vallée du Ntem pour une superficie de 66.430 hectares. Plusieurs sites sont concernés : 2 à Ambam le chef-lieu du département, 1 à Olamzé et 1 à Maan.

« Les populations n’ont été ni informées, ni associées à cette démarche qui va impacter sur leur vie », se plaint l’un des porte-paroles de la revendication. Il précise que les différentes procédures ont été cachées aux populations locales. Car, c’est en 2012 que le Mindcaf a signé l’arrêté de déclaration d’utilité publique ce ces forêts ; c’est en 2016 (le 11 août) que le Premier ministre signe un décret allant dans le même sens et c’est seulement en 2019 que les populations découvrent le problème.

Selon d’autres sources, le préfet du département, un certain Anderson Quetong Kongue aurait fait une descente sur le terrain pour informer les populations que « c’est le Chef de l’Etat qui avait décidé d’exploiter les forêts. Les populations ayant entendu le nom de Paul Biya, se seraient alors affaiblies. « Des forêts ancestrales qui représentent un héritage séculaire, dans laquelle ces populations pratiquent les activités agricoles, de cueillette nécessaire à leur survie. Le périmètre convoité par cet opérateur des englobe non seulement la forêt communale d’Ambam, mais également des villages entiers, des sources d’eau, des églises des habitations, des cacaoyères, des espaces culturels, des tombes et même des espaces sacrés qui seront détruits pour cultiver du plantain et du cacao, dont les usines de transformation et donc les opportunités d’emplois sont situées très loin du site d’exploitation », peut-on lire dans les documents disponibles.

Pour les plus éclairées parmi ces populations, il y a anguille sous roche. L’on parle de chevauchement incorrect dans les différents textes signés par les autorités camerounaises. L’Etat est interpellé. L’on pointe du doigt l’entreprise bénéficiaire de ces forêts d’avoir usé de procédés illégaux, de faux documents, de corruption, de menaces et de trafic d’influence sur les populations a monté une arnaque pour déposséder les populations  Ntoumou et Mvae de la Vallée du Ntem de leurs terres. D‘ailleurs, « comment comprendre qu’on pose déjà les borne alors que les indemnisations n’ont pas encore été faites ? Un préalable avant toute action », se demande-t-on chez les Ntoumou et Mvae. En un mot comme en mille, ces populations revendiquent la récupération de leurs terres, avant que les procédures légales soient respectées.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici