Cameroun : Le Septentrion contraint à l’école buissonnière à la Crtv

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Les cours diffusés à la télévision publique ne sont pas accessibles par beaucoup d’élèves du Grand-Nord.

Par L’Œil du Sahel

Une grande première pour les apprenants camerounais, en général et ceux du Septentrion, en particulier. En effet, depuis le 6 avril dernier, les élèves des classes d’examen des différents sous-systèmes éducatifs du Cameroun reçoivent des leçons via la télévision, la radio ou les pages web de la Cameroon Radio Television (Crtv). Plusieurs secteurs de la vie quotidienne ont été touchés par la pandémie du Covid-19, dont le secteur de l’éducation. Pour remédier à cela, le gouvernement au travers de ses ministères en charge de l’éducation, a décidé d’exploiter les espaces mis à disposition sur les antennes de la Crtv. Il s’agit d’une émission quotidienne dénommée «Focus sur les examens, en français» et «Focus on exams, en anglais». Une initiative louable pour les élèves. Mais combien d’entre eux ont la capacité d’accéder à ces cours ? Une question qui choque certains parents dans le Septentrion.

«L’Etat a décidé de fermer les portes des écoles sur toute l’étendue du territoire pour notre bien. Mais, est-ce qu’ils ont pensé aux nécessiteux en faisant les cours à la télévision ? L’énergie électrique, nous n’en avons pas, combien de fois la télévision ? Qu’ils ne viennent pas nous dire ici que nos enfants vont composer, parce que les cours ont été diffusés», se plaint Fadi, mère de la petite Dadarou, habitant de Maroua. Dadarou, élève en classe de 3ème espagnol au lycée de Maroua Kakataré, a en effet du mal à suivre ses leçons à la télévision. Pour cause, le manque d’énergie électrique et d’un téléviseur chez elle. «Chaque matin, je me rends chez la voisine pour suivre les cours. Selon le programme que j’ai suivi à la télé, nous les élèves du secondaire, nos cours commencent dans la matinée et les après-midis. Mais, depuis un temps, c’est compliqué, parce que le portail de la voisine est toujours fermé», commente-t-elle.

Difficultés partagées par le petit Abdoulaziz, élève au cours moyen deux (CM2). «J’ignorai que nous avions classe à la télévision et à la radio. C’est ce matin (dimanche, 12 avril) que je l’ai appris chez mon voisin lorsque je suis allé lui souhaiter bonne fête de Pâques. C’est son fils qui m’a montré son cahier avec lequel il prend les notes. Je vis avec ma grand-mère. Nous n’avons pas de télé», explique-t-il.

Malgré les dispositions prises à la délégation régionale de l’éducation de base pour l’Extrême-Nord, pour permettre aux apprenants d’être chaque jour au rendez-vous, les besoins de tout le monde restent insatisfaits. «Nous nous sommes rendus compte qu’il fallait solliciter en plus du concours de la Crtv, les radios communautaires qui couvrent certaines zones que la Crtv ne couvre pas. Il faut relever aussi que les radios communautaires et la Crtv ne couvrent pas toutes les régions. Pour cela, nous nous sommes dit qu’il faut envoyer les épreuves physiques aux élèves pour que tout le monde puisse travailler», indique Aminou Sanda Zoua, délégué régional de l’éducation de base pour l’Extrême-Nord.

À quelque chose, malheur est bon. Deux semaines après la suspension des cours, certains apprenants sont fiers aujourd’hui de renouer avec l’école grâce à la Crtv. Si pour certains l’accès aux cours est difficile, voire impossible, pour d’autres, c’est une belle occasion. Car, ils ont des téléviseurs à porter de mains et ils ne vont pas à l’école. Le petit Benoît Loulou, élève à l’école primaire laïque la Référence, ne cache pas sa joie vis-à-vis de ce programme 2.0. «Ce matin, madame nous a enseigné le cours sur les ‘’opposite’’ en anglais. Je suis content parce que maman m’explique aussi», se réjouit-il. «Ça leur permet de continuer les cours à la maison sans toutefois oublier les notions que les enseignants leurs ont inculqué à l’école, et de progresser dans la continuité des cours», souligne sa mère, Odile loulou. Dans la famille Nersala, tous les enfants ont mis en veilleuse très tôt leurs jeux pour se consacrer au télé-enseignement. «J’ai fait le cours de grammaire, analyse logique des phrases complexes. J’aime faire le cours à la maison», affirme Hawa. Les enfants ne sont pas les seuls à manifester leur joie. Les parents également sont de la partie. «Rester avec les enfants à la maison, c’est pénible pour nous. Mais, aujourd’hui, moi je suis très fière du gouvernement», affirme la mère de la maison.

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