Cameroun : Le Gicam et l’efficacité des réformes à l’épreuve du dialogue économique

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Dans la dernière édition du Bulletin du patronat qu’édite le groupement patronal du Cameroun (Gicam), Célestin Tawamba signe l’éditorial.

« Au moment où un dialogue politique national est à l’ordre du jour dans notre pays et qu’il exacerbe les passions, les chefs d’entreprises ne manquent pas de s’interroger sur l’état du dialogue Etat-Secteur privé, l’économique comme le social. En l’occurrence, les récriminations continuent de porter sur les structures, le contenu, les acteurs et la pratique des dialogues. D’abord le dialogue économique marque le pas depuis quelques années. Même la nouvelle dynamique insufflée lors du dernier CBF semble s’estomper, en l’absence de travail de suivi depuis sa tenue.

Dans des propositions que nous avons adressées au Chef du Gouvernement, nous avons mis en avant la nécessité de repenser la relation du Secteur privé avec l’Etat dans sa globalité. Entre autres sujets, nous avons mis en avant la nécessité d’asseoir à la table des consultation et des négociations, non pas des organisations à l’effectif réduit à la portion congrue, non pas des organisations qui ne tiennent que rarement ou pas du tout des assemblées générales, non pas des personnes qui, à temps plein, sont des hommes politiques et, de temps en temps, des dirigeants patronaux, mais bien des personnes et des organisations à la légitimité et à la représentativité établies.

Si l’existence de plusieurs structures patronales ou professionnelles témoigne du dynamisme de la représentation des entreprises, il importe que l’action et l’expression patronales soient inscrites dans une logique de représentativité et d’efficacité. De ce fait, la place de l’organisation patronale la plus représentative doit être reconnue de manière incontestable.

D’abord, par ses consœurs du Secteur privé, qui se départiraient de leurs responsabilités si, en sus du déni de la réalité, elles se faisaient les messagers auprès de l’Etat d’une réalité tronquée du monde patronal. Ensuite, par l’Etat lui-même à qui il revient, comme ailleurs, à prendre en compte le poids des uns et des autres. C’est une condition essentielle pour un dialogue solide et efficace dans lequel le concept d’organisations patronales les plus représentatives est un paramètre-clé.

Tout en comprenant la volonté des pouvoirs publics d’assurer une large consultation, il n’en demeure pas moins que cette stratégie a montré ses limites et nous devons impérativement sortir de la logique du contentement, pour celle de la productivité, de l’efficacité et donc des résultats concrets. Ensuite le dialogue social tripartite qui met en présence l’Etat, le Patronat et les Syndicats des Travailleurs. Il connaît lui aussi des loupés depuis quelques années, alors même qu’il est censé être formellement structuré autour de dispositifs conçus par l’Organisation internationale du travail (OIT) dont notre pays est membre, et qui connus des partenaires sociaux partout dans le monde.

Au premier rang des dysfonctionnements que nous avons portés à l’attention du Ministre du Travail et de la Sécurité Sociale, le non-respect des règles relatives à la désignation du délégué employeur du Cameroun à la Conférence internationale de l’OIT et, ce faisant, un coup porté au principe intangible d’autonomisation des partenaires tripartites. Ceci s’est traduit par la dégradation de la qualité de la participation du Cameroun en général et des employeurs camerounais en particulier à cette tribune mondiale des questions relatives au monde du travail qu’est l’OIT.

Au total, ces dysfonctionnements impactent les résultats des concertations. Les causes de défaillance ont alors pour noms :

(i) la faible appropriation du fait entreprise dans la conception des politiques,

(ii) le climat de méfiance qui continue d’obstruer les relations entre les parties,

(iii) la qualité et le niveau de la dépense publique qui brident les possibilités de réduction du poids des impôts et taxes,

(iii) le nombre élevé de ministères interlocuteurs directs du Patronat. Tout ceci montre combien la cote d’alerte est près d’être atteinte, alors même que gagner les batailles de la compétitivité et de la lutte contre la pauvreté met l’Etat et le Patronat en demeure de cheminer ensemble, dans une logique, non pas de co-gestion, mais de complémentarité, dans laquelle l’Etat écrit les lois et décide après une juste et équitable consultation du Patronat. Pour sa part, le GICAM doit relever au moins deux défis majeurs.

Le premier est la poursuite de nos actions d’explication et d’affirmation du fait entreprise de par le rôle et la place qu’elle tient dans l’économie et le pays, notamment la création des richesses et des emplois. Le deuxième est de tordre le cou à de nombreux préjugés qui polluent l’imaginaire ou le subconscient collectif au sujet de l’entreprise privée.

Dans cette perspective, il est essentiel de faire promouvoir auprès des parties au dialogue ainsi qu’à l’opinion deux principes fondamentaux qui battent en brèche des idées reçues : d’une part, la richesse ne peut se créer par la rente et la distribution, mais bien par la créativité et la prise de risques qui sont les mérites de l’entrepreneur et, d’autre part, le moteur du développement réside dans la liberté et la confiance accordées à l’initiative individuelle dans notre pays ».

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