Cameroun : Le Cardinal Christian Wiyghan Tumi Archevêque émérite de Douala est décédé

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Ces dernières années, il s’est notamment illustré par son combat pour la résolution de la crise anglophone.

Source : La Croix

Il se sera battu, jusqu’à son dernier souffle, pour la résolution de la crise anglophone. Le cardinal Christian Tumi, archevêque émérite de Douala et apôtre de la résolution de la crise qui secoue le nord-ouest et le sud-ouest du Cameroun, est décédé le 3 avril à plus de 90 ans.

La nouvelle a été confirmée ce 3 avril, par Mgr Samuel Kleda, son successeur à la tête du diocèse de Douala. « J’ai la profonde douleur de vous annoncer le retour à l’Éternel (décès) de son éminence Christian Cardinal Tumi, a-t-il écrit sa page Facebook. Décès survenu ce 3 Avril 2021. Par la miséricorde de Dieu que son âme repose en paix ».

Prêt à sacrifier sa vie pour la résolution de la crise anglophone

Le cardinal Tumi aura tout donné pour sauver la partie du Cameroun dont il est originaire. Dans la crise qui a hypothéqué l’avenir de toute une génération d’anglophones camerounais, il a toujours joué la carte de la médiation malgré les incompréhensions que ce choix lui a values de la part des rebelles anglophones mais également du gouvernement. Le 30 janvier alors qu’il faisait le trajet Kumbo Bamenda (nord-ouest) pour accueillir le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État Saint-Siège, en visite au Cameroun, il a été retenu pendant trois heures par un groupe de rebelles mécontents. Il est finalement arrivé à Bamenda le même jour, assez fatigué, accompagné par les forces de sécurité du Cameroun. Quelques semaines plus tôt, l’archevêque émérite de Douala avait été enlevé pendant plusieurs heures les 5 et 6 novembre 2020 avant d’être libéré.

Ces incidents révèlent la complexité de la situation de l’Église dans cette crise, appelée à faire de la médiation entre deux camps antagonistes qui l’accusent d’être partisane. « Il arrive que les séparatistes nous accusent d’être proches du gouvernement et que le gouvernement aussi nous accuse d’être proches des séparatistes », confirmait à La Croix Africa Mgr Andrew Nkea, archevêque de Bamenda.

Mais le cardinal Tumi ne s’est pas découragé, le 7 mars il a été fait « Sufaï », c’est-à-dire un représentant du Fon (roi) et « messager de la paix » au quartier Bonaberi à Douala en présence des prêtres et de l’archevêque de Douala, Mgr Samuel Kleda. Selon ses proches, il avait accepté ce titre de notabilité traditionnelle pour faciliter ses interactions avec les rebelles anglophones du département du département du Bui, non loin de son village, qui sont, pour la plupart, musulmans. Les images détournées de cette cérémonie avaient suscité une vive polémique.

Un combat pour la résolution de la crise anglophone

En 2016, ce patriarche originaire de Kikaikelaki, dans la banlieue de Kumbo, dans la région du Nord-Ouest a interrompu sa retraite paisible pour s’engager dans la résolution de la crise. En 2018, il était revenu sur la scène nationale camerounaise invitant sans répit le gouvernement et les séparatistes anglophones à un dialogue inclusif pour une solution concertée au conflit dans le Nord-Ouest et le sud-ouest du pays. Il était pourtant discret depuis sa démission, en 2009, à l’âge de 78 ans, du siège épiscopal de Douala qu’il occupait depuis 1991.

En 2017, déjà, le cardinal Tumi s’était, dans un livre d’entretiens (1), dit opposé à la sécession. « C’est difficile d’admettre la sécession », avait-il déclaré, estimant que c’est le manque de dialogue qui nourrit la crise. « Il faut qu’on les écoute et qu’on cherche à savoir ce qu’ils veulent, avait-il soutenu en parlant des séparatistes. Il faut privilégier le dialogue. Quand on dialogue, on résout beaucoup de problèmes. Ce qui fait problème, c’est qu’on n’a pas créé un forum de dialogue. »

Un an plus tard, il avait joint l’acte à la parole en unissant ses forces avec celles de leaders religieux anglophones pour créer un cadre de dialogue entre toutes les parties prenantes du conflit à travers la Conférence générale anglophone. Mais cette initiative s’était heurtée à l’hostilité de l’État camerounais. Celui-ci avait, par deux fois, été à l’origine du report de la manifestation. Il avait d’abord invoqué l’élection présidentielle, arguant que la conférence, prévue pour la fin août, pourrait perturber l’organisation du scrutin du 7 octobre 2018. Il avait, par la suite, refusé d’accorder l’autorisation pour une nouvelle rencontre les 21 et 22 novembre 2018.

Un rôle actif lors du grand dialogue national

La conférence générale anglophone n’a jamais eu lieu. Par contre, le gouvernement camerounais s’est sans doute inspiré de cette idée pour organiser, du 30 septembre au 4 octobre 2019, le grand dialogue national dont le but était de réunir toutes les forces vives du pays pour réfléchir à une sortie de crise. En prélude à cette rencontre nationale, le cardinal Tumi avait proposé au gouvernement une étude de 400 pages pour mieux appréhender la crise.

Il a, par ailleurs, joué un rôle actif lors des débats. « Tout le monde a dit ce qu’il pense donc nous partons avec un gibier dans notre sac de chasse », avait-il fait remarquer au terme de ces assises. La principale proposition exprimée alors portait sur la décentralisation, avec, notamment, « l’octroi d’un statut spécial aux régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest et la suppression du statut de délégué du gouvernement nommé prévu dans le cadre du régime spécial applicable à certaines agglomérations ». Cette solution apparaît comme un juste milieu entre le centralisme jusque-là reproché à Paul Biya et le fédéralisme exigé par de nombreux habitants des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

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