Cameroun : Le Boss du Rdpc du Mayo-Banyo a-t-il vraiment écrit à Paul Biya ?

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Qui a rédigé la correspondance du 12 mars 2020, adressée au président de la République, sur «la situation  qui prévaut après le double scrutin du 09 février 2020 dans la circonscription politique du Mayo-Banyo» ?

La question ne se serait jamais posée si Aliou Dewa, président de la section Rdpc du MayoBanyo Centre (Mayo-Darlé) et signataire de ladite lettre, n’avait rejeté en bloc les propos y tenus et les accusations y portées contre des caciques du parti dans le département. De fait, peut-on lire dans cette étrange lettre au président de la République :«A la suite des élections des députés à l’Assemblée nationale et les conseillers municipaux, le parti du Rdpc a remporté les deux sièges de députés et les communes de Mayo-Darléet de Bankim. Cette victoire qui permettra d’avoir la majorité au Parlement et par conséquent, de gouverner pour implémenter la politique si chère à votre très haute autorité, est le fruit d’un travail acharné de certains responsables qui se sont déployés en toute circonstance pour maintenir la flamme haute malgré le contexte politique et sécuritaire que vit notre pays ces dernières années.

Il s’agit notamment de son Excellence Dr Mohamadou Moustapha, ministre secrétaire général adjoint n°2 de la Présidence de la République, qui a soutenu de manière substantielle la campagne électorale par des dons faits au nom du Chef de l’Etat, les moyens financiers énormes, etc. Monsieur Djowe Philippe, président de la section Rdpc Mayo-Banyo Sud à Bankim, madame Dadda Fadimatou, maire de la commune de Mayo-Darlé et moimême, tous avions été les architectes de cette victoire».

A l’opposé, certains responsables locaux du Rdpc ont fait montre d’un «comportement antipatriotique …Ce qui explique la défaite du Rdpc au niveau de l’arrondissement de Banyo et qui justifie la victoire de l’Undp», précise la lettre. Et de rouspéter que «La violence verbale du lamido sénateur Mohaman Gabdo Yaya a été un poison pour le Rdpc auprès de certaines tribus (Wawa, Haoussa, Kwandja, Mambila, etc.) que ce monarque a traitées de paria. L’attitude hégémonique du chef de la délégation permanente du Rpdc dans le MayoBanyo, monsieur Abba Sadou qui a introduit de force dans la liste des conseillers l’ancien député Ibrahima Dewa et l’ancien maire Hadji Ibrahim qui n’ont aucun bilan politique.

Malversations des fonds de la campagne, le mauvais rapport qu’il entretient avec les populations et les autorités locales sont des preuves évidentes qui démontrent ses manœuvres. A sa suite, le sénateur Baroua Nyakeu, la présidente de l’Ofrdpc de Mayo-Darlé, l’inspecteur principal des impôts Hamadama Abdoulkarimou et Anche Célestin, inspecteur de la comptabilité-matière, tous en service au ministère des Finances, qui ont orienté dans l’ombre les indécis à voter pour l’opposition».

C’est d’ailleurs en se projetant dans les futures élections régionales, que l’auteur de la correspondance supplie le président de la République de décharger «Abba Sadou et sa suite (qui) sont vomis et constituent des obstacles à la démocratie…leur présence dans les instances du parti est suicidaire pour le Rdpc».

Entre rejet et manip

Aliou Dewa, à qui cette lettre est attribuée, est droit dans ses bottes. Il n’en est pas l’auteur, encore moins le signataire. «Je ne sais pas qui a monté cette correspondance. Ils ont écrit beaucoup de choses qui ne sont pas justes. D’abord, s’agissant de l’entête de ma section, j’ai écrit autre chose et non ce qui est là. J’ai écrit : Rassemblement démocratique du peuple camerounais, unité-progrès et démocratie, Comité central du Rdpc, Section Rdpc MayoBanyo Centre, Secrétariat et mon numéro de téléphone. L’autre côté, c’est la version anglaise. Et quand je signe une correspondance, je mets : le président de la section Rdpc du Mayo-Banyo Centre, suivi de Aliou Dewa, membre suppléant du comité central, chevalier de l’ordre de la valeur.

Vous allez trouver qu’ils ont inversé tout cela ; et il y a deux correspondances qui circulent : une que j’ai signée et l’autre que je n’ai pas signée. Des gens ont fabriqué ce document, ont écrit ce qu’ils voulaient écrire pour me mettre en conflit avec tout le monde. J’ai appris que le lamido de Banyo a eu cette correspondance et l’a distribuée à tout le monde. Malheureusement, il ne m’a rien demandé, ça me gêne beaucoup. Je sais qu’on cherche beaucoup plus à me mettre en difficulté avec le lamido. En effet, on s’est retrouvé chez lui quand il avait organisé la prière. Des gens ont interprété pourquoi je me suis assis sur la chaise, pourquoi je n’ai pas enlevé les chaussures. Pourtant, je suis venu avec le préfet. Et depuis 24 ans qu’il est lamido, je n’ai jamais assisté à cette prière. C’était la première fois, mais j’ai subi toutes les critiques du monde. J’ai donc décidé de ne plus aller là-bas. D’ailleurs, ça me donne même quoi ? Rien du tout », confie Aliou Dewa, de prime abord.

Toutefois, le président de la section Rdpc du Mayo-Banyo Centre reconnaît l’existence d’un rapport émanant de lui. «Des gens qui ont certainement des problèmes personnels avec moi veulent me régler un compte sur le plan politique. Si oui, comment une lettre adressée au président de la République peut se retrouver sur les réseaux sociaux ? En plus, suis-je le départemental pour faire un rapport sur le département ? Quand j’ai un rapport à faire, je le fais pour la section, donc, pour l’arrondissement de Mayo-Darlé. De deux, quand je prends la correspondance, je la regarde bien, je me rends compte que ce n’est pas ce que j’ai fait. J’ai fait un rapport que j’ai envoyé au comité central. Et en tant que président de section, j’y ai signalé les gens qui ont contribué pour la campagne électorale, les difficultés que nous avons rencontrées,  et proposé des mesures qu’il faut prendre pour éviter des problèmes. De fait, le gros problème que nous avions à Mayo-Darlé, c’est que des gens sont allés en transhumance dans la zone du Mbam et Kim, région du Centre, et qui n’ont pas pu voter. Malgré les moyens mis à disposition, ils ne sont pas revenus. Donc, j’ai proposé que les élections se tiennent en saison des pluies, car en saison sèche, nos électeurs désertent », fait-il savoir. A ces manquements, Aliou Dewa ne manque de dénoncer la faible cotisation des cadres du parti et certaines attitudes.

«J’ai cité les noms de tous ceux qui ont cotisé et j’ai demandé qu’on essaie de faire attention à l’avenir. Tous les noms cités dans la correspondance qui circule, ce sont des personnes que je connais. Je prends le cas de Hamadama Abdoulkarimou qui a voulu être conseiller municipal, mais n’a pas été retenu. C’est un militant qui vient quand il veut, il n’est pas actif. Du coup, il arrive et veut seulement être conseiller ;  encore qu’on les a mis en compétition, il a été battu. Je prends le cas de Anche Célestin qui a les moyens, mais n’a pas contribué financièrement, c’est vrai.

Mais pourquoi devrais-je écrire, puisque par sa présence, je prétends qu’il a voté pour le Rdpc ? Quant au sénateur Baroua Nyakeu, il était chez lui. Il est venu donner sa contribution de 100 000 FCfa à deux ou trois jours de la clôture de la campagne. Nous avons pris et lui avons dit merci», déclare-t-il.

Antécédents

Au sujet de la lettre, le sénateur Baroua Nyakeu accorde le bénéfice du doute à Aliou Dewa de ne pas en être l’auteur. Mais au quotidien, les relations entre les deux élites sont tendues. «Tout part des sénatoriales. Il (Aliou Dewa) était candidat, sa liste n’est pas passée. Les relations sont tendues. Il a fait une déclaration à Ngaoundéré, où il disait en présence du délégué permanent que je n’ai jamais fêté à Mayo-Darlé. Tout le monde a ri parce qu’on savait que c’est exagérément éloigné de la réalité. Au moment où je travaillais àBanyo, je fêtais toujours à Mayo-Darlé», fustige le sénateur. Bien loin de la lettre à problèmes, l’élu de la chambre haute ne manque pas de signaler qu’Aliou Dewa ne fait que jouer sa carte personnelle.

«Quand on agit pour le groupe ou pour soi-même, ça se perçoit. On sait que depuis les sénatoriales, il n’a jamais cessé de se plaindre. Toujours à Ngaoundéré, il a déclaré que le comité central a investi des sénateurs bizarres. Donc, même si la lettre en question était fausse, elle ne s’éloigne pas de ce qu’il est capable de dire. Il ne l’a jamais caché, il le dit publiquement. Et il n’a jamais apprécié le travail d’une autre personne. Vous verrez que dans notre section, il n’a apprécié que son propre travail et celui de son épouse qui est maire de Mayo-Darlé.

Il a formé des gens pour nous huer, la délégation permanente et moi, lorsqu’il fallait faire la présélection pour les municipales. En plus, il a parlé de Célestin Anche. Dans la communauté Kwandja, bien que je sois sénateur, Célestin a commencé à travailler avant moi. Et je le dis sincèrement, je ne peux pas faire l’investissement qu’il a pu faire pour le parti, qu’il soit présent ou absent. Si vous interrogez la communauté Kwandja, on vous dira la même chose. Pourquoi c’est lui seul (Aliou Dewa) qui dit le contraire ? Pour ce concerne Hamadama Abdoulkarimou qui est un foulbéde Ribao et qui est très populaire pour ses actions, il était parmi ceux qui ont fait la requête et celle-ci était fondée. Nous l’avons soutenue parce qu’au départ, on a affecté à la sous-section de Ribao constituée de 2000 inscrits 03 conseillers et par la suite, on a réduit à02. Mais le problème qui s’est posé, c’est qu’on a préféré une femme Mambila comme 2e conseiller avec le premier Mambila aussi, au détriment de Hamadama», lâche Baroua Nyakeu.

La position du sénateur Baroua Nyakeu retrouve celle de bon nombre des élites du Mayo-Banyo en général. «Aliou Dewa a fait des éloges à Abba Sadou quand il venait d’être nommé Minmap. C’est lui qui a écrit cette lettre, mais ne peut plus assumer. Quand il cite Baroua Nyakeu et Anche Célestin, ce sont des Kwandja de Mayo-Darlé. Et chaque fois que Zacharie Ngniman a mis le nom d’Anche sur une liste pour la campagne, Aliou Dewa a enlevé», confie une élite influente. Une autre de dire : «Aliou Dewa a un problème de leadership. Il veut démonter le ministre Abba Sadou. Il fait maintenant les salamalecs au SGA PRC, les mêmes qu’il a faites à Abba Sadou».

Source : L’Œil du Sahel

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