Cameroun : « La très dangereuse idée des régions au statut particulier! »

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Né en 1959 à Konabeng dans le département de la Lékié, région du Centre Cameroun, nti Dieudonné Essomba est un Statisticien, Ingénieur principal hors Classe, fonctionnaire à la retraite, qui s’est fait remarquer depuis quelques années par des analyses pertinentes sur le Cameroun.

Par Dieudonné Essomba

« Si on en croit les rumeurs, la solution vers laquelle le Dialogue tente de se diriger pour éviter à tout prix la Fédération est  de doter les Régions Anglophones d’un statut particulier! Les participants se fondent ainsi sur l’article 61 et 62de l’actuelle Constitution qui a prévu de telles exceptions.

Je me demande comment des gens peuvent se permettre de telles gymnastiques pour apporter à un problème vital une solution bancale qui va créer plus de problèmes encore.

C’est en effet la pire solution à ce problème, et ceci pour plusieurs raisons :

  1. Une telle solution confirme qu’il y avait effectivement un problème anglophone auquel on a pensé apporter la solution du statut spécial, ce qui est évidemment un démenti cinglant des thèses initiales des gens qui niaient le problème et qui a fondé la répression de leur mouvement, déclenchant la guerre. Par le fait même, elle donne des arguments à la Sécession sur l’autisme d’un Gouvernement qui, après avoir lui-même reconnu ses propres erreur et sa responsabilité, persiste dans son entêtement à imposer ses propres solutions qu’il va piquer dans son arsenal de lois.

Pour autant, le problème de fond n’est pas résolu, car les Anglophones n‘ont jamais réclamé des passe-droits, ni un statut administratif particulier. Ce qu’ils demandent, c’est de leur restituer la souveraineté qu’ils partageaient dans l’Etat Fédéral et qui constituait la promesse qui les avait conduits à aller au Cameroun plutôt qu’u Nigeria, alors qu’ils avaient le choix.

  1. En second lieu, cette solution gèle la spécificité anglophone au lieu de la dissoudre. Le fait de leur conférer ce statut spécial est le message évident qu’ils sont intrinsèquement différents des autres Camerounais et le resteront à jamais. On crée par là un abcès de fixation définitif qui sera une source permanente de tensions sécessionnistes.
  2. En troisième lieu, la gestion de ces particularismes va poser des problèmes opérationnels insurmontables. Sur quoi va porter la spécificité ? Sur l’étendue des droits qu’on va leur donner ou sur la nature, ou alors sur les deux ?
  3. L’étendue des droits signifie que les régions anglophones auront des attributions plus larges que les autres. Par exemple, ils ne seront pas couronnés par un Gouverneur alors que celui-ci sera présent dans la Zone Francophone, ou bien ils pourront avoir des représentations consulaires interdites aux régions francophones ;
  4. La nature des droits signifie que les droits des régions francophones peuvent être retirés à la guise par le Gouvernement central alors que ceux des régions anglophones ne peuvent pas l’être.

Quel que soit le cas, de manière opératoire, comment les choses seront organisées ? Quand on veut prendre une loi à Yaoundé, on la formule comment ? Par exemple : « la présente loi est valable pour tous les Camerounais, sauf les Anglophones qui obéissent à leur loi? »

C’est ce modèle que nous voulons bâtir ?

  1. En quatrième lieu, cette mesure va déclencher une contagion généralisée. A supposer que les Anglophones bénéficient de ces droits spéciaux dont l’intérêt apparaîtra évident aux autres, comment va-t-on empêcher les 8 autres Régions francophones de les réclamer à leur tour ? Sur la base de quelle logique les Régions Anglophones disposent des droits exceptionnels qui leur donnent un avantage en matière de gestion, alors qu’un tel droit serait refusé aux 8 Régions anglophones ?

Comme on le voit, les gens du Dialogue sont entrain de nous produire une monstruosité institutionnelle, alors même que cela n’aura aucun impact sur le terrain du conflit.  Nous avons déjà un modèle institutionnel très compliqué, avec ses concepts d’équilibre régional, de liste sociologique, de respect des minorités, etc. S’il faut encore ajouter des législations tenant compte des spécificités régionales, on ne s’en sortira pas !

On voit bien qu’ils sont clairement perdus ! On leur a pourtant dit que le niveau de diversité du Cameroun ne peut pas être géré par un Etat unitaire ! S’arc-bouter sur ce modèle ne peut conduire qu’à un édifice bizarre et biscornu, brinquebalant, sans cohérence et sans solidité structurelle. Avec pour conséquence la multiplication à l’infini des tensions et la dégradation continue d’une gouvernance déjà défaillante.

Il ne faut pas nous amener cette sinistre comédie au Cameroun ! Quelle est cette histoire où on va bricoler des institutions juste pour maintenir la fiction d’une Constitution qu’on ne peut pas changer ?

Les gens qui sont au Palais des Congrès ont-ils vraiment la tête ? On vous demande d’adopter un système cohérent, dans lequel un Grand Etat, appelé Etat fédéral s’occupe de grandes choses de la Nation, avec des Etats fédérés qui s’occupent chacun de ses spécificités, vous nous ramenez cette monstruosité ?

Ces gens ont vraiment la tête ?

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