Cameroun : La compagnie aérienne Camair-Co joue sa survie

0
333

Au bord de la faillite, le spectre de dépôt de bilan et des licenciements massifs se rapproche dangereusement de la compagnie nationale.

Par Le Messager

Endettement chronique, flotte en forte réduction, chute du chiffre d’affaires, conflits de personnes… le pavillon national camerounais Camair-co bat dangereusement de l’aile. Dans les couloirs de l’entreprise, à Douala, les employés tentent de préserver un semblant de sourire, mais l’inquiétude est palpable sur tous les visages. L’annonce de la mise en chômage technique de près de 65% des salariés ravive la tension. En effet, dans une correspondance du ministre des Transport, président du conseil d’administration de la compagnie aérienne, Jean Ernest Massena Ngalle Bibehè, adressée au directeur général de Camair-Co, invite le Dg de faire part au conseil d’administration du dossier avant de procéder à la mise en congé technique d’une partie du personnel.

Rappelons que dans une note adressée au ministre des Transports le 23 avril 2020, le Dg de Camair-Co, Louis Roger Njipendi Kouotou, avait entrepris de mettre en chômage technique près de 2/3 des employés de l’entreprise « au regard du contexte économique particulièrement difficile au niveau de Camair-Co ». Concrètement, l’entreprise entendait se séparer de près 371 salariés sur 577 sur une période de six mois à compter de la deuxième semaine du mois de mai passé. Il s’agissait principalement du « personnel dont l’activité est directement impactée par la suspension de l’exploitation, à savoir le personnel de vente, le personnel d’escale et le personnel navigant d’une part, mais également le personnel administratif et de support, non essentiel au cours du ralentissement des activités, d’autre part », expliquait le Dg.

Par conséquent, le salaire du personnel ainsi mis en chômage technique devait décroître progressivement. La direction du transporteur camerounais entend donc mettre en chômage technique pendant six mois le personnel navigant et au sol, soit 65% des salariés, qui ne recevront plus que 50% de leur salaire le premier mois et 20% le sixième mois, conformément à la loi. Selon les prévisions de la direction générale de l’entreprise, le coût de ce processus est évalué à environ 1,5 milliards de F. dans les détails, il s’agit de 939 millions de F consacrés au paiement des salaires de 206 travailleurs à temps plein et environ 540 millions de F pour les 371 personnes en chômage technique. Camair-Co, qui a été lancée en 2011 et qui est à son 6e directeur général, n’a pas vraiment su prendre son envol.

Régulièrement mise sous perfusion financière par l’État, actionnaire unique, le transporteur aérien est aujourd’hui proche de la cessation d’activités. « Partis d’une flotte de quatre avions, nous sommes aujourd’hui réduits à deux appareils. Et sur le plan social, le personnel accumule actuellement quatre mois d’arriérés de salaires !», énumère l’un des responsables du collectif des syndicats des transports aériens de Camai-Co. Certains délégués exigent d’ailleurs le limogeage de Louis Roger Njipendi Kouotou et annoncent leur intention de porter plainte contre lui pour « fautes de gestion, mise en danger de notre outil de travail, défaut de paiement de salaire, tentative de licenciement collectif déguisé et préjudice moral ».

Immobilisme

A la direction générale de Camair-Co, une source généralement bien informée rejette ces accusations. « Personne ne peut nous reprocher de ne pas avoir suivi la procédure, rétorque-t-il au Messager. On aurait pu choisir l’option du licenciement économique, mais on ne l’a pas souhaité. La mise en chômage technique est un acte réversible au bout de six mois ». « Une poignée de délégués estime qu’il faut d’abord payer tous les arriérés de salaire avant d’instaurer le chômage technique alors même que la société ne peut pas payer les salaires », s’emporte notre source. Ce n’est qu’un des nombreux symptômes de l’état de santé catastrophique d’une compagnie qui fut l’une des plus brillantes du ciel africain.

Mais il faut sans doute aller chercher plus loin pour expliquer les grandes turbulences actuelles, dans un cocktail composé – outre du ralentissement économique – de problèmes de leadership doublés de mauvais choix stratégiques, d’interactions politiques, et de corruption,  symptomatique de l’entreprise. Alors que l’encours de la dette de Camair-Co est estimé à plusieurs milliards de F, la direction générale avance que c’est le secteur des transports qui est difficile par essence. Elle demeure d’ailleurs optimiste : « Camair-Co a accumulé des dettes en continu pendant quatre ans.

En dépit de la gravité de la situation, la compagnie est viable. Nous avons commencé à prendre les décisions qu’il faut pour la sauver ». Depuis près de six ans, le fleuron camerounais n’en finit pas de sombrer. Au point que, désormais, sa survie est en jeu.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici