Cameroun : Crise Anglophone ou lorsqu’on déplace les pions dans le NOSO

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On dit couramment au Cameroun qu’une semaine, c’est long en politique. En effet, à mesure que les choses évoluent, elles peuvent également changer, parfois de manière inattendue en l’espace d’une semaine seulement. C’est exactement ce qui a caractérisé la crise en cours dans les deux régions anglophones cette dernière semaine.

Par Signatures

La semaine dernière, un incident s’est produit dans un camp appartenant à la Cdc, dans le Sud-Ouest. Selon le maire de Mbonge, le chef Daniel Matta Mokambe, « Le camp où l’incident a eu lieu se trouve plutôt dans l’arrondissement voisin de Bamusso qui est dans le département du Ndian, bien que le siège social du camp soit à Mbonge. La population s’est agitée en apprenant que les éléments du Bir, installés ici étaient sur le point d’être déplacé hors de la localité. Le fait est qu’avec l’insécurité qui règne dans les deux régions anglophones depuis quelques années, le Bir a été déployé pour sécuriser la zone. Il semblerait que le gouvernement ait considéré que ce Bataillon d’intervention rapide avait suffisamment sécurisé la zone pour être déplacé vers une autre qui faisait toujours face à des problèmes de sécurité.

C’est à ce moment-là que les populations se sont soulevées et ont manifesté pour empêcher que le bataillon ne leur soit enlevé. Les populations craignaient que les combattants séparatistes ne les qualifient de traîtres pour avoir collaboré avec le Bir, auquel cas, ils les soumettraient à des coups violents pouvant conduire à l’amputation de parties de leur corps et même les obliger à payer d’énormes sommes d’argent, en rançons qu’ils ne pouvaient pas se permettre. Cependant, il semble qu’en raison du mouvement de protestation, la décision de déplacer le contingent Bir hors de la zone ait été suspendue, car jusqu’à présent, il ne semble pas avoir quitté le territoire».

Une municipalité qui inspire confiance Le maire qui est également chef du village Mbonge Marumba, occupe ses fonctions municipales depuis

  1. Lors de la récente élection des conseillers à l’échelle nationale, il a de nouveau été élu conseiller municipal et à l’unanimité, maire de Mbonge par ses pairs. « Dans ma municipalité de Mbonge en particulier, les écoles tournaient déjà pleinement, à en juger par le nombre d’enfants et d’enseignants constatés. Malheureusement, le Corona virus est venu et a tout arrêté. Nous travaillons dur pour sensibiliser nos populations selon les lignes directrices établies par le Premier ministre, chef de gouvernement, le Dr Joseph Dion Ngute. En outre, nous sommes en règle générale en mesure de mener à bien nos activités quotidiennes grâce à la présence des militaires et des services de renseignements ».

L’appel surprise du cessez-le-feu Deuxième surprise : de manière tout à fait inattendue, une coalition de factions sécessionnistes ambazoniennes a appelé ses combattants à déposer les armes. C’était en réponse à un appel daté du lundi 23 mars 2020 et signé du Secrétaire général de l’Onu, Antonio Guterres, appelant aux groupes armés du monde entier d’observer un cessez-le-feu afin de permettre au monde de se concentrer sur la lutte contre la pandémie du Corona virus. Dans une déclaration commune que les leaders de factions ont ampliée au Secrétaire général des Nations unies; au directeur de l’0rganisation mondiale de la Santé; et au représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies et chef du Bureau régional des Nations unies pour l’Afrique centrale; les leaders que sont le Dr Julius Nyiawung (Vice-président du Conseil de direction d’Ambazonie) et Obadiah Mua (Secrétaire général du Conseil de direction d’Ambazonie) reconnaissent l’appel au cessez-le-feu du Secrétaire général de l’Onu.

Les leaders sécessionnistes ont placé leur quête de l’indépendance dans le contexte de ce qu’ils ont eux-mêmes appelé «un conflit interne à l’intérieur du pays du Cameroun et de la nouvelle nation (encore non reconnue) d’Ambazonie». Ensuite, ils ont reconnu leur part de responsabilité dans le meurtre et la décapitation de la gardienne de prison Florence Ayafor: «Certains Amba Boys sous le gouvernement intérimaire de Sako (Ig) étaient impliqués dans la décapitation d’Ayafor Florence pour ternir l’image des Forces de défense d’Ambazonie (Adf). Nous, l’Adf, assurons à la communauté internationale que nous avons arrêté les personnes qui ont décapité cette femme».

Le choix de la lutte armée Les signataires de la déclaration commune ont également expliqué les raisons pour lesquelles ils ont pris les armes en premier lieu: «Exprimant l’indignation devant le niveau inacceptable de violation de ce droit de notre peuple à l’autodétermination et du droit

à la vie du peuple d’Ambazonie par le gouvernement camerounais, nous avons pris les armes en mars 2017 pour nous défendre contre la déclaration de guerre du gouvernement camerounais à notre peuple le 30 novembre 2017, par laquelle les combats ont entraîné la mort d’environ 5000 personnes (non vérifiées) dans les Southern Cameroons ; ont provoqué le déplacement interne d’au moins un million de nos habitants, et ont systématiquement contraint au moins 90 000 enfants ambazoniens à ne pas aller à l’école pendant plus de quatre ans, afin d’attirer l’attention internationale». Les signataires reconnaissent également les dommages causés par le virus Corona, aussi bien que le fait que «l’ensemble du peuple ambazonien ne contrôle aucun hôpital ou établissement médical pour faire face à la pandémie du Corona virus». Par conséquent, ils estiment que «les travailleurs humanitaires fonctionnant conformément aux principes solides des services humanitaires internationaux dans les zones de conflit devraient pouvoir fournir ces services sans entrave».

La reconnaissance des leaders de faction Ils ont qualifié la mesure prise par le Sg de l’Onu comme une mesure qui prône la promotion de la paix et de la stabilité mondiales. Ils ont salué «les efforts, le courage et les sacrifices de ces travailleurs humanitaires en Ambazonie, en particulier  les hôpitaux camerounais opérant sur notre territoire, qui ont fourni leurs services à la population d’Ambazonie avec le plus grand professionnalisme, malgré les multiples attaques directes des Amba Boys. Ils expriment leur solidarité avec tous les peuples du monde touchés par la pandémie du virus Corona et saluent la déclaration du cessez-le-feu du camarade Akwanga, celui-ci étant un autre chef de faction qui avait également mais unilatéralement décrété le cessez-le-feu ».

Les luttes intestines qui divisent Cependant, certains leaders ambazoniens se sont farouchement opposés au cessez-le-feu. L’un d’entre eux, Ayabo Cho Lucas, a réagi en déclarant: « Tout d’abord en déclarant que le nôtre est un conflit non international, le Dr Akwanga a effacé l’histoire. Un tel effacement a complètement annulé l’acte de défi posé antérieurement par Nfor Gorji Dinka, le juge Ebong et Sisiku Ayuk Tabe. En niant cette histoire, il a trahi les mêmes garçons qu’il a envoyés combattre et mourir sous notre très cher drapeau. J’appelle nos soldats à lever leurs armes en l’air et à défendre chaque bloc de notre territoire. J’appelle tous nos peuples à ne plus se concentrer sur la politique mais plutôt sur la défense de notre pays ».

Mais Akwanga a riposté: «Le leadership, c’est prendre des risques, faire ce qui est audacieux et consciencieusement juste, moralement sain et légalement justifiable. Des moments comme celui-ci ont besoin d’un leadership intelligent, stratégique, réfléchi, clairvoyant et sage. Nous prendrons vos insultes, vos trivialités moralisatrices de haine, vos critiques irréalistes. Nous prendrons vos coups mais soyez assurés que pour ce que nous tenons si chèrement, nous serons les derniers à tenir et bien à tenir le feu brûlant de la liberté car si nous ne nous attaquons pas à vos manigances, votre attitude avilissante et votre vide vocal, qui d’autre peut le faire pour le bien collectif de ceux pour lesquels nous luttons?»

Sons discordants

De toute évidence, le fait qu’une communauté dans les régions anglophones soit en mesure d’organiser une manifestation contre le retrait du Bir, couplée au grand nombre d’enfants, de femmes et d’hommes anglophones qui ont échappé au conflit armé dans leurs deux régions et paradoxalement, recherché refuge dans les régions francophones est la preuve que tous les anglophones ne sont pas favorables à la sécession de leur territoire; et que tous ne voient pas leurs frères et sœurs francophones comme des ennemis. En outre, que le cessez-le-feu soit respecté ou non, il a clairement montré au monde que même parmi les dirigeants sécessionnistes qui prétendent lutter pour l’indépendance et une vie meilleure pour leur peuple, il n’y a aucun consensus.

Tikum Mbah Azonga dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest

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