Cameroun – Crise Anglophone : Médecins Sans Frontières MSF envoie un message fort au Gouvernent camerounais

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D’après cette organisation humanitaire, son soutien et celle d’autres organisations est d’autant plus vital que l’insécurité et les attaques contre le personnel humanitaire ont limité le nombre d’organisations présentes sur le terrain pour offrir des services essentiels.

Par Le Messager

« Nous appelons une fois encore le gouvernement du Cameroun à donner  la priorité aux besoins de la population et à immédiatement autoriser la reprise de nos activités médicales dans le Nord-Ouest. Nos opérations humanitaires ne peuvent rester indéfiniment à l’arrêt », déclare Emmanuel Lampaert, coordinateur des opérations de MSF en Afrique centrale, dans un communiqué parvenu à notre rédaction ce mardi 22 juin 2021. « Cette suspension constitue une atteinte grave à l’accès humanitaire et médical. A l’heure où nous parlons, nos agents de santé communautaires voient des gens souffrir et mourir à cause du manque de médicaments dans certains villages et communautés déplacées. Notre centrale d’appel continue de recevoir des demandes d’envoi d’ambulances, mais nous n’avons pas le droit d’agir. Quelle logique peut justifier ces morts inutiles ? », S’interroge-t-il.

Voilà bientôt six mois que MSF se voit refuser par les autorités camerounaises la reprise de ses activités médicales dans la région du Nord-Ouest, où décrit cette organisation humanitaire : « la violence armée a rendu l’accès aux soins particulièrement critique ». En effet rappelle ses responsables, depuis plus de quatre ans, la violence armée dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun a conduit à une situation catastrophique pour la population. Raids armés à l’encontre de villages, enlèvements, tortures, destructions de propriétés, exécutions extrajudiciaires sont devenus la norme dans ce que l’on appelle communément la « crise anglophone ».

Réponse d’urgence

Face à l’ampleur des besoins sanitaires de la population, MSF exige la levée immédiate de cette suspension. Rappelant que c’est en accord avec le Ministère de la Santé du Cameroun, qu’elle a lancée en 2018, une réponse d’urgence à la situation sanitaire critique dans ces deux régions en apportant un soutien à des structures de santé, en mettant en place le seul service d’ambulance gratuit disponible 24/7, et en formant et équipant des travailleurs de santé communautaire afin d’offrir des soins aux populations plus difficilement accessibles. « Mais le 8 décembre 2020, les autorités ont émis un ordre de suspension des activités de MSF dans le Nord-Ouest, accusant ses équipes médicales de collusion avec les groupes armés locaux ».

En dépit de mois d’efforts visant à répondre à ces allégations, MSF n’a toujours pas pu relancer son appui à la population, laissant comme le  souligne le communiqué, des dizaines de milliers de personnes sans accès à des soins gratuits et vitaux. Même la visite plaidoyer de Stephen Paul Cornish, directeur général de MSF en mai dernier n’y a rien fait. « L’accès aux soins de santé est une préoccupation majeure dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest », précise Emmanuel Lampaert. D’après qui, en raison de l’insécurité, de l’imposition de ‘lockdowns’, de couvre-feux et du ciblage des établissements de santé, l’accès aux soins de santé s’est fortement réduit, avec au moins un cinquième des structures de soins n’étant plus fonctionnelles.

« Les populations déplacées osent difficilement rendre vers les structures de santé, et le ralentissement économique rend les transports et les frais d’hôpitaux encore plus difficiles à assumer. Inévitablement, la mortalité parmi les groupes vulnérables tels que les femmes et les enfants a augmenté, et la suspension de notre soutien médical aggrave encore les choses ». Selon les derniers chiffres de l’ONU, la violence armée dans les régions anglophones a poussé plus de 700.000 personnes à fuir leur foyer, et plus de 60.000 se sont réfugiées vers le Nigeria voisin.

La crise a massivement affecté les conditions de vie des populations, et plus de 1,4 million de personnes auraient besoin d’une aide humanitaire dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest du Cameroun. Msf revendique plus de 150.000 consultations menées l’année dernière dans les deux régions anglophones, grâce à son soutien aux agents de santé communautaires.

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