Cameroun – Covid-19 : soupçon de délit d’initié sur le secteur bancaire

0
250

Par Thomas Njoya Ngoudikou*

Dans un contexte de crise humanitaire occasionnée par la très virale pandémie du CORONA VIRUS DISEASIS (COVID-19), qui a mis en berne les plus grandes économies de l’Europe, des États-Unis d’Amérique et surtout de l’Asie (Chine, Corées et Japon), il est devenu indispensable pour l’Afrique de se joigne au reste du monde pour mener le combat contre la propagation du fléau le plus redouté de la planète. Le

Cameroun n’étant pas en marge des risques et des conséquences des effets d’une prolifération non maitrisée du COVID-19, se doit pour éviter les niveaux de sinistre alarmant déjà enregistrés par les économies les plus puissantes de ce monde, de prendre toutes mesures nécessaires voir impératives pour préserver prioritairement la santé et surtout la vie de sa population, mais aussi et surtout de protéger sans discrimination les intérêts particuliers de chaque agent économique, tout en veillant à garantir la sécurité des intérêts collectifs.

En effet il est important d’attirer l’attention des autorités ou des pouvoirs publics sur l’importance d’une concertation de toutes les couches de la société afin d’arrêter des mesures les plus adaptées et les mieux équilibrées pour anticiper et maitriser les effets de ce fléau dans notre pays. Considérer exclusivement certaines positions notamment celles des plus forts (investisseurs et employeurs, soit les plus riches) au détriment de celles des classes moyenne et pauvre, pourrait avoir une incidence néfaste (limiter les dégâts auxquels s’expose notre économie et au mieux préserver ses acquis actuels afin de la relancer dans des conditions optimales de croissance et de développement) sur notre économie. En conséquence, et bien que l’enjeu commun soit de parvenir à l’éradication sinon à maitriser la prolifération au plutôt de cette menace virale, Il faudra veiller en toute circonstance, à mettre sur une balance d’un côté les intérêts de la poignée ou la minorité des plus forts, et de l’autre côté les intérêts des couches sociales moyenne et pauvre afin d’y trouver le juste point d’équilibre.

On est tenté de penser que c’est à ce titre que le secteur bancaire vient de préconiser quelques mesures à l’État ainsi qu’aux autorités monétaires. Si celles-ci ont le mérite d’intégrer la panoplie de mesures

visant la recherche de solutions afin de parvenir à la protection efficace de notre pays d’un risque supplémentaire de crise économique généralisée et particulièrement d’une éventuelle crise systémique dans le secteur financier, il n’en demeure pas moins vrai que certains aspects desdites préconisations faites par l’Association Professionnelle des Établissements de Crédit du Cameroun (APECCAM) semblent d’une part précoces, et d’autre part sont susceptibles d’enclencher un comportement pervers généralisé (délit d’initié) chez certains agents économiques et dont précisément les grandes entreprises et même celles du secteur bancaire.

Le communiqué de presse APECCAM du 20 mars dernier contient des requêtes ou mesures qui font craindre le pire dont « l’accélération du règlement de leurs fournisseurs par l’État et l’autorité monétaire, la suspension de l’application de la mesure réduction de la liquidité sur le

marché bancaire prise par le Comité du Marché Monétaire en sa session de février 2020, (…) faciliter l’accès aux banques au marché monétaire par la baisse des taux d’intérêts et l’augmentation des plafonds de refinancement …afin d’anticiper sur les difficultés de notre économie, et le raccourcissement par la BEAC des délais effectifs d’allocation des devises aux banques pour les règlements d’importation des biens de consommation courantes ».

En réalité la pandémie actuelle de COVID19semble aussi offrir une opportunité de spéculation aux acteurs véreux de l’économie de notre pays. Sinon comment comprendre qu’au moment où toute l’économie mondiale est menacée et tend à s’arrêter, certains agents économiques, souhaitent bénéficier de mesures visant à assurer essentiellement la continuité de leurs activités, et par ricochet l’accroissement de leur profit, au détriment la recherche des moyens de survie qui anime tout le monde entier ?

À quoi peut servir l’accumulation des devises et le raccourcissement des délais d’approvisionnement des banques en devises, au moment même où l’autarcie tend à se généraliser dans le monde entier ? Que cache une telle requête malicieuse glissée subrepticement en fin du communiqué de l’APECCAM ? N’y aurait-il pas un plan d’anticipation d’une éventuelle dévaluation à l’issue d’une probable crise financière consécutive à la crise sanitaire? N’est-ce pas là un moyen déguisé d’appeler les poids lourds de notre tissu économique notamment les multinationales étrangères à mobiliser le maximum de réserves de change dans des perspectives  à la fois saine d’approvisionnement en matières premières et marchandises pour l’après crise, mais aussi, malsaine de l’accroissement de leur trésorerie en procédant à l’assèchement actuel de la liquidité (monnaie locale) sur notre marché par une acquisition démesurée de devises ? Enfin à quoi servirait donc une trop forte disponibilité dans un marché inactif sinon à développer l’appétence pour la consommation des produits bancaires au moyen des canaux de distribution électroniques, numériques et digital de plus en plus prisés?

QUESTIONS D’INTERET, et bien malin celui qui prétendra apporter une réponse sincère à cette problématique d’envergure économique sans considération aucune des contours impérialistes. Au demeurant, il est tout aussi important dans une situation dont on ne maitrise ni les origines réelles du virus, ni les véritables contours de la pandémie qui menace toute la planète, de garder une vigilance accrue et une attention expressément adaptée à notre propre situation. Il s’agit de se souvenir qu’avant l’arrivée du COVID19, nous étions déjà en guerre. Et donc de

prendre en compte en tout temps des mesures qui intègrent certaines réalités, notamment, que les ennemis de notre économie se recrutent aussi bien à l’étranger qu’au sein de son tissu économique et parmi ses grands, sinon les plus gros acteurs et leaders de son marché.

Alors il ne faut pas oublier, qu’après la dernière crise financière de 2008 (surprimes) et celle née de la faillite du système bancaire européen (été 2011), les multinationales européennes n’ont cessé de déployer des stratégies centrées sur l’Afrique afin de juguler les difficultés socioéconomiques auxquelles elles font face. C’est ainsi que depuis 2017 pratiquement, la menace de la dévaluation du Franc CFA ne cesse de planer sur les pays francophones de la CEMAC et de l’UEMOA. Peut-on ou devons-nous perdre de vue toutes les reformes opérationnelles visant à réduire voir plomber les recettes budgétaires et donc les marges de manœuvres des États africains ? Par ailleurs peut-on oublier que plusieurs multinationales étrangères et entreprises proches (fournisseurs et clients) ont transféré d’importantes sommes à l’étranger afin d’approvisionner des comptes en devise sous le motif pris du règlement des commandes commerciales, alors qu’en réalité, elles anticipaient des effets bénéfiques d’une dévaluation envisagée du FCFA.

Et la curiosité ayant été qu’après l’échec de cette spéculation et subissant non seulement les coûts importants des transferts qu’elles avaient opérés, ainsi que la pression des charges liées aux crédits contractés à cette fin, les mêmes entreprises en solidarité et à travers leurs ambassadeurs institutions et mandataires, plus tard, s’en sont pris aux mesures prétendument trop rigides du gouverneur de la banque centrale sur le contrôle des opérations de change et de transferts à l’étranger. Enfin, souvenons-nous par ailleurs que même si la principale organisation patronale et bien d’autres (APECCAM) de notre pays sont présidées par des Camerounais, il reste un fait incontestable également que celles-ci restent sous le contrôle total des plus grands membres ou investisseurs qui se trouvent être des étrangers, et dont les stratégies n’ont forcément rien à voir avec les objectifs de développement et de croissance poursuivis par les dirigeants de notre pays.

Alors si la pandémie causée par leSARCOV-2devenait une opportunité pour nos oppresseurs et prédateurs impérialistes, que devons-nous faire ? Et dans une perspective de préservation de la vie et la santé des populations, s’il était impératif d’observer une situation de confinement

total, quelles seraient les mesures adaptées pour aller plus loin contre le COVID19 en préservant le cas échéant notre pays d’un marasme économique ? Dans tous les cas il y a lieu de faire très attention aux effets pervers de chacune des mesures que pourrions être tenté d’observer ou de mettre en œuvre. Nous appelons dont l’État du Cameroun (qui n’a plus qu’un contrôle passif sur la politique monétaire), conjointement avec l’autorité monétaire et la banque centrale pour ce qui est du secteur bancaire et financier à :

  1. Garantir le stricte minimum et le niveau juste, de liquidité nécessaire et suffisant aux banques pour assurer aux salariés du privé ainsi qu’aux fonctionnaires (même par anticipation s’il le faut), les salaires du mois courant et même avenir dans une dynamique de suspension périodique et totale d’activité d’importation et d’éventuel confinement généralisé de tous les citoyens ;
  2. Envisager et définir une période (de deux semaines éventuellement renouvelable)et un processus de confinement général avec effet immédiat et ponctuée au besoin de ravitaillement toutes les fins de période (le samedi de préférence) mais avec une quarantaine systématique pour tous les cas suspects et des mesures de contrainte contre les réfractaires et les cas suspects indisciplinés (militarisation des villes si-nécessaire) ;
  3. L’érection de nouvelles mesures spéciales afin de limiter, contrôler et veiller au respect strict et rigoureux, des règles qui encadrent les opérations de change et de transferts internationaux ;
  4. Différer les échéances de tous les concours et financements de consommation et immobiliers accordés aux ménages et aux personnes physiques vivant essentiellement d’un revenu de leur main d’œuvre, notamment d’un salaire au sens de l’article 61 du Code du Travail Camerounais, sur une période raisonnable;
  5. Différer les échéances des concours et financements accordés aux particuliers autres que les personnes physiques (opérateurs économiques, personnes morales ayant un statut de commerçant ou d’entreprenant) avec suspension du plein cours du décompte des intérêts, agios et taxes liées auxdits concours, pour la durée exclusive du confinement total et même au-delà si l’état le juge important pour la relance des activités économiques au lendemain de la crise sanitaire voir économique l’émission monétaire n’étant plus de son pouvoir;
  6. Prévoir une dotation budgétaire destinée à une relance économique saine, et donc des ressources nécessaires à la nationalisation des entreprises ou tout au moins la prise de contrôle de celles-ci, en cas de déconfiture déclarée et éventuellement de restructuration (d’appel public à l’épargne, augmentation de capital etc.) ;
  7. Prévoir une trésorerie pour soutenir directement les entreprises qui se retrouveraient en difficulté des suites de cette crise sanitaire, et non pas pour renforcer les trésoreries des banques qui les redistribueraient avec discrimination et surtout aux conditions trop austères non favorables à la relance économique ;
  8. Enfin contrôler les opérations effectuées par les banques pour le compte de leurs clients importateurs, en veillant que chaque transfert corresponde à un approvisionnement effectif, actuel et qu’il soit suivi à bref délai d’une livraison effective. Ainsi après la période de confinement

total, l’État en collaboration avec les différents autres agents économiques établira un état des lieux et prendra les mesures appropriée pour ménager la situation des uns et des autres. Tous les agents ne pouvant nécessairement connaitre ou subir le même niveau de sinistralité.

Entre temps, les établissements de crédit et en particulier les banques devraient quant à elles assurer le minimum de services bancaires notamment les retraits au moyen des Distributeurs Automatiques de Billets, dont ils devraient assurer l’entretien, l’aération et le nettoyage systématique des salles DAB, ainsi que le nettoyage des claviers de leurs distributeur après chaque opération d’un client. Quant aux usagers des DABs nous leur recommandons l’utilisation des mouchoirs jetables sinon des gants pour les distributeurs ouverts, et de faire recours à un masque si nécessaire lors d’une opération dans tout DAB installé dans un local fermé.

Pour l’instant la priorité pour tous, c’est de survivre au covid-19, et à cet effet l’État doit veiller à assurer à tous, sans discrimination, la santé et la préservation de sa vie d’abord, les questions d’intérêts, seront adressées par les survivants. Sur ce il convient alors de conclure à l’évidence qu’il n’y a aucun choix à opérer entre la vie ou la santé des citoyens bref des Hommes, et les opportunités d’enrichissement de certains agents économiques.

*Banquier et syndicaliste

Pour suivre toute l’Actualité sur le Cameroun, Installez l’Application de CamerPress sur votre Téléphone en cliquant sur ce lien :

https://play.google.com/store/apps/details?id=com.camerpress.app

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici