Cameroun – Covid-19 : Marie Françoise Ewolo ou le témoignage poignant d’une patiente

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La journaliste et présentatrice du journal de 13h sur le Poste national de la Crtv radio, Marie Françoise Ewolo parle de sa maladie, de son séjour à l’Hôpital central de Yaoundé. Elle en profite pour sensibiliser sur cette infection.

Par Essingan

Depuis sa chambre d’hospitalisation où elle est à l’isolement, elle a adressé un message à ses proches: parents, amis, personnalités, connaissances, collègues et confrères. Et surtout à ces anonymes qui ont appris que cette voix qu’ils n’entendent pas depuis quelques jours, est alitée. Dans ce long texte de 7000 signes, Marie Françoise Ewolo trouve des mots justes pour dire sa reconnaissance à la sympathique équipe du Pr Eugène Sobngwui dont je ai expérimenté la conscience professionnelle, la qualité de la prise en charge et le dévouement au chevet des malades au cours d’une expérience l’année dernière à l’Hôpital central. De la genèse de son problème de santé à l’internement, la journaliste raconte comme dans un exercice de reportage.

Tout comme, écrit-elle en effet, le 30 avril. «Quelques frissons. Un état fébrile. Peut-être un peu de fatigue qui demande du repos. Ou alors ces petits stress qu’on accumule au quotidien au moment d’aller parler à l’oreille de millions d’auditeurs. Et si c’était un palu… Vas donc pour une cure classique sous les conseils du médecin Jean-Louis Abena. Mon état ne va pas s’améliorer au bout de cette combinaison d’antipaludéen et de paracétamol. Je ne me sens pas mieux non plus après trois perfusions. La tête est de plus en plus lourde. La fièvre s’entête. Les douleurs musculaires sont incommodantes. Les narines commencent à se congestionner. Je mange normalement mais j’ai visiblement perdu deux sens: l’odorat et le goût.»

Corps meurtri

Alors qu’elle mange pour nourrir son corps meurtri, les symptômes s’accumulent. «Mon état ne s’améliore pas. Mon esprit va en vrille. Les questions s’y bousculent. Seigneur! Et si c’était ça? Comment aurai-je pu l’attraper alors que je croyais faire attention? La poignée d’une porte? Le micro? Une bouteille d’eau? De l’argent que j’aurais manipulé? Où? Quand? Comment? Je veux être fixée. Un coup de fil au Pr Biwole que j’ai eu la veille. Mon coup de fil va déclencher le dispositif d’alerte. Le test se fera dans la foulée, par une lourde équipe envoyée à la maison par le Dr Ze Meka. Il faut cependant attendre 24 heures pour les résultats.»

Dans son angoisse la malade doit attendre. Au cours de ces 24h, elle va se rappeler le film «Le jour le plus long». Mais plus pénibles sont les 12h qui la séparent du matin des résultats du test. Aussi se projette-elle de réaliser ou de faire produire un film intitulé: «La nuit sans fin». Fort heureusement, tout le monde autour d’elle ne vit que pour elle, «la maisonnée est mobilisée et est aux petits soins. Seulement, la vue de mes frères et soeurs provoque en moi un infini chagrin. Un flot de questions. De la tristesse. Mon sommeil s’entrecoupe. Des sueurs froides. Le coeur bat la chamade. L’inconnu. La peur. Mais Dieu et la prière, sont mes remparts.»

Prise de stress, abattue pas la maladie, en ce lundi de résultats, elle se sent plus faible. «Mon souffle est lent. La fatigue est insupportable. Le jour enfin. Un coup de fil matinal. C’est le Pr Eugène Sobngwui. Il est au cœur du dispositif de riposte contre le Covid-19 au Cameroun. Je dois être transportée immédiatement à l’Hôpital central de Yaoundé. Mes frères et sœurs font tout pour ne pas laisser apparaître sur leurs pommettes, les sillons de leurs tensions, de leurs appréhensions. Le brouillard qui enveloppe peu à peu tout mon être me laisse néanmoins de la place pour apprécier la qualité de l’accueil et l’attention si chaleureuse de l’équipe médicale de l’Hôpital central.» Elle est alors prise d’étourdissement. Puis semble avoir perdu connaissance. «J’ai la boule au ventre. Je ressens une fatigue extrême. Je suis lasse. Vais-je ressortir de cette chambre confortable où je suis désormais en isolement? Le protocole de soin est enclenché ce même lundi, au soir.»

Merci

Marie François est désormais entre les mains de l’équipe médicale. Elle vit et voit confinée «dans des combinaisons qui laissent à peine apparaître leurs visages». La trame avec elle, se joue comme dans un d’un rêve. La peur aussi. Surtout à l’idée qu’on «meurt de ce truc comme un jeu». D’où des sanglots réprimés dont le filet de larmes achève sa course sur l’oreiller. Mais dans sa maladie, Marie Françoise Ewiolo n’est pas seule. Isolée, elle est également très entourée. De vos innombrables attentions. A travers un fidèle compagnon: ton téléphone grâce auquel elle peut communiquer (recevoir des appels et message). Depuis le début de son séjour à l’hôpital, elle a pu expérimenter cet isolement strict. Au point que seul le personnel affecté à la prise en charge peut entrer.

Un personnel à qui la patiente dit infiniment merci. Pas seulement pour les soins et les attentions qu’elle reçoit. Mais pour le tout le mal que ce dispositif de professionnels conduits par le Pr Sobngwui, se donne pour sauver des vies. Comme dans une école, elle se fait des camarades. C’est le cas de Jeanne Nicole Tally, son infirmière au quotidien. Mais surtout «Mme Diane Essombe alors, My Lady comme je l’appelle. Avec ses plats cinq étoiles. Livrés tous les jours, en temps et en heure. Et que dire de toute l’équipe mobilisée au front de guerre ici. Que le Seigneur me donne de pouvoir les serrer bientôt contre mon coeur, l’une et l’un après l’autre. Pour leur dire Merci.»

Pour finir, Marie Françoise Ewolo a un mot pour ses millions d’auditeurs, les enfants de la maison, ses parents, amis, collègues, confrères et tous ces hauts responsables qui lui témoignent depuis son entrée à l’Hôpital central de Yaoundé, leur affection. Leurs prières aussi. Pour eux comme pour tout le monde, elle renouvelle les conseils et mesures barrières. D’autant plus que «ce virus est une réalité. Il est parmi nous. Invisible. Mais terrible quand il s’infiltre en vous. Je ne vous le souhaite pas en tout cas. Redoublez d’attention…» Vivement debout Mfe comme on t’appelle.

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