Cameroun : Conflit ouvert entre le Rotary Club et le l’hôpital régional de Maroua

0
16

Les deux institutions se battent pour la gestion du service ophtalmologie de la formation hospitalière publique du chef-lieu de la région de l’Extrême-Nord Cameroun.

Source : L’Œil du Sahel

L’hôpital régional de Maroua (HRM) et le Rotary Club de Maroua se livrent depuis quelques mois un duel à fleurets mouchetés. Par correspondances interposées, les deux institutions bataillent pour le contrôle de la gestion du service ophtalmologique de la plus grande formation sanitaire publique de la région de l’Extrême-Nord. Particulièrement productif en recettes, ce service est géré depuis 1999 par l’ONG Ophtalmo sans frontières (OSF), une organisation partenaire du Rotary Club de Maroua (qui est en effet à l’origine de son installation et le principal fournisseur du matériel collecté à travers le monde). Mais depuis l’arrivée de Dr Fetse à la direction de l’hôpital régional de Maroua, la collaboration entre les deux parties s’est dégradée.

Tout commence le 30 septembre 2019 quand le directeur de l’hôpital régional de Maroua adresse une lettre aux responsables de OSF. Dans sa missive, le Dr Fetse enjoint à l’ONG de libérer les locaux du service d’ophtalmologie de l’hôpital et «d’abandonner tout le matériel lui appartenant ».

Pour contrecarrer cette décision du Dr Fetse, le président du Rotary Club de Maroua, Norbert Stede, saisit le ministre de la Santé publique en date du 2 octobre 2019. Dans cette correspondance de cinq pages dont l’objet est «Contentieux avec le directeur de l’hôpital régional de Maroua au sujet des ONG Ophtalmo Sans frontières (OSF) et Ophtalmo Lunetiers sans Frontières (Olsf)», le Rotary Club dénonce l’attitude du nouveau patron du HRM. «Peut-être à moyen terme il [Dr Fetse] a une autre vision nous n’en disconvenons pas. Mais la façon dont il s’y prend – alors qu’il n’a à peine fait un mois à son poste dans une région, avec pour première action de chasser les partenaires en place- est étrange. C’est pourquoi nous avons voulu porter cette affaire aux instances», explique M. Stede. Pour celui que nous avons rencontré au Relais Porte Mayo de Maroua, la démarche du nouveau patron de l’hôpital régional de Maroua revêt un caractère «inélégant, imprévu, inexpliqué, et nuisible pour l’image du Cameroun».

Ce que la direction de l’hôpital réfute. « Ophtalmo sans frontières utilise le personnel de l’hôpital pour faire ses recettes. Nous leur avons dit que l’argent qui sort de ce service doit aller dans les caisses de l’hôpital. Ce qu’ils ne veulent pas. Nous avons donc révisé les termes de la collaboration», précise notre source. En fait, voilà comment ce service fonctionne. Les consultations coutent 1000 Fcfa par patient. Cette somme est répartie ainsi qu’il suit : 700 Fcfa sont reversés dans les caisses de l’ONG et 300 Fcfa dans ceux de l’hôpital. Cette clé de répartition jugée « léonine » n‘est pas du goût du nouveau manager de l’hôpital. Ainsi, a-t-il proposé de revoir le partage des recettes de consultation d’une part et d’autres part, de faire partir de ses locaux, Opticiens Lunetiers Sans Frontières (Olsf), une association partenaire de OSF à qui incombait la vente des lunettes prescrites aux patients par les ophtalmologues de OSF.

36 MILLIONS DE FCFA DE CONSULTATIONS PAR AN

Autant le dire, le service ophtalmologie de l’Hôpital régional de Maroua réalise de bonnes affaires sur le plan financier. Dans son rapport d’activités 2018, l’ONG OSF revendique un quota moyen d’environ 3000 consultations par mois, en raison de 1000 Fcfa par malade. Calculette en main, à eux seuls, les frais de consultations déboursés par les patients génèrent en moyenne une somme de trois millions de Fcfa de recette mensuelle, soit 36 millions de Fcfa sur l’année. A cette somme, s’ajoutent les fonds engrangés par la vente des lunettes dont les recettes sont reversées «exclusivement » à l’organisation non gouvernementale. «Dans un contexte de rareté des ressources financières que connaissent les hôpitaux publics dans les régions, on peut comprendre que l’hôpital veuille garder la main sur ces recettes. Ce d’autant plus qu’il s’agit de l’argent liquide», commente un médecin proche du dossier. D’ailleurs, après la mise à l’écart de OSF, une équipe de l’hôpital a été immédiatement déployée dans l’optique d’assurer les consultations. « Le service d’ophtalmologie de l’hôpital est fonctionnel. Nous consultons les patients », confirme notre source à la direction. Mais pour OSF, «On trompe les malades en faisant semblant de les consulter et de les soigner pour juste encaisser les frais de consultation alors que le directeur de l’hôpital refuse de fournir les consommables», fulmine un responsable. L’arbitrage du Minsanté attendu.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici