Cameroun: Ces toilettes payantes dans l’Archidiocèse de Yaoundé

0
216

Un chrétien vient d’adresser une lettre ouverte à l’Archevêque de Yaoundé Mgr Jean Mbarga pour exprimer sa colère. Pour lui, « les toilettes payantes au sein de nos paroisses, sont une offense très grave à la charité ». Intégralité de la lettre à l’Archevêque :

La racine de tous les maux, c’est l’amour de l’argent (1 Timothée 6, 10). C’est ce verset biblique qui constitue la charpente de cette indignation épistolaire, parallèlement à l’actualité camerounaise, concernant le meurtre d’un jeune compatriote, pour une histoire dérisoire de toilettes payantes, dans une agence de voyage dont il était pourtant client. Monseigneur, nous ne pouvons prétendre retirer la paille qui est dans les yeux de nos frères, sans d’abord enlever la poutre qui est dans nos yeux.

En effet, plusieurs paroisses, disons la majorité des paroisses de l’archidiocèse de Yaoundé dont vous êtes le Pasteur, sont aussi coutumières de ce fait reproché aux agences de voyages aujourd’hui. Il convient de préciser que, l’accablante réalité des toilettes payantes, est pratiquée depuis plus d’une décennie au sein de nos paroisses. Un phénomène aux antipodes des vertus chrétiennes et des valeurs traditionnelles africaines. Ce drame pouvait donc se produire dans l’une de nos paroisses, connaissant la fougue de certains gérants des toilettes payantes, face à l’insubordination des paroissiens, parfois adultes.

Étant un fidèle de l’archidiocèse de Yaoundé, et ayant occupé des postes de responsabilité dans ma communauté paroissiale, je vous parle d’expérience. Que Votre Excellence me pardonne ; il ne s’agit pas d’une diffamation, encore moins d’un règlement de compte de ma part, mais davantage d’une dénonciation d’une pratique honteuse qui n’aurait jamais dû exister chez nous, mais, qui tend à se propager, au point d’en devenir une norme.

Monseigneur le sait certainement, car même la Cathédrale Notre-Dame des Victoires de Yaoundé n’est pas exempte, ainsi que d’autres haut-lieux de l’Église Catholique ici à Yaoundé : la Basilique mineure Marie Reine des Apôtres de Mvolyé et le Sanctuaire Sacré-Cœur de Mokolo, font payer aux fidèles, une « taxe » incongrue pour l’accès à leurs toilettes. Dans plusieurs paroisses locales et durant des années, voire récemment, j’ai dû payer malgré moi avant d’accéder aux toilettes paroissiales, même là où je m’acquitte régulièrement de mes devoirs de chrétiens. Je vous fais grâce de l’embarras, quand on est démuni.

Rendez-vous compte Monseigneur, que beaucoup de vos ouailles quittent leurs maisons malgré les intempéries, afin de se rendre à pied dans leurs paroisses respectives pour diverses raisons, sans aucun sou en poche. Parfois celles-ci sont peinées de ne pouvoir donner aucune offrande au Seigneur, si ce n’est l’offrande de leurs misères. Alors, si quelqu’un dans ces circonstances désire se rendre aux toilettes, lui imposer préalablement de payer la somme de 100 F. CFA comme c’est le cas actuellement dans certaines paroisses, il me semble que c’est un cruel manque de charité ; un contre-témoignage à l’Évangile de Jésus Christ, dont vous êtes le dépositaire vivant.

Le Christ nous dit clairement : « Vous ne pouvez pas servir à la foi Dieu et l’Argent » (Matthieu 6, 24). L’Argent, cette idole despotique appelée aussi Mammon, a déjà droit de cité là où justement, elle doit être le plus combattue : l’Église. Il ne s’agit nullement de ne plus nous acquitter des contributions habituelles, à l’instar du denier du culte et autres quêtes. Cela demeure un devoir du chrétien.

Votre Excellence, loin de vous incriminer, il s’agit pour moi de rappeler à l’ensemble des baptisés, leurs devoirs de solidarité et d’accueil, à l’égard du prochain surtout pauvre, qui peut être non-chrétien, a fortiori, quand il s’agit d’un coreligionnaire qui plus est d’une même paroisse. Une telle offense à la charité dans une Église à l’époque paulinienne, ce zélé Apôtre du Seigneur l’aurait certainement dénoncée et condamnée, comme je m’évertue, maladroitement peut-être, à le faire. La fin de sa première lettre à Timothée qui m’a inspiré cette lettre ouverte, sied à propos : c’est un plaidoyer pour une Église authentiquement évangélique, qui fait fi des richesses matérielles, mettant donc l’argent à sa vraie place : au service de l’Homme, et non l’Homme au service de l’argent.

Un proverbe de chez nous ne dit-il pas que : la sagesse n’émane pas forcément du géniteur, car l’enfant est aussi capable de conseiller sagement celui-ci. Mon conseil filial à vous Monseigneur Jean MBARGA, est donc de combattre fermement, cette pratique honteuse qui prospère dans nos paroisses, comme jadis les Pères de l’Église combattirent la simonie (trafic des biens spirituels, des grâces sacramentelles… moyennant argent ou avantage temporel).

Il y a de cela quelques années, le Vicaire du Christ François dénonçait non sans peine cette cupidité au sein de l’Église, durant l’une de ses traditionnelles exhortations dominicales, avant la prière de l’Angélus, par ces mots qui conservent encore toute leur actualité et leur acuité : « Dans certaines régions du monde, l’Église se comporte en entreprise ». La raison d’être d’une entreprise, c’est de faire du bénéfice. Il ne doit pas en être ainsi de notre Mère l’Église, dont l’Amour est à proprement parler, sa pierre angulaire. L’Église ne sera jamais une entreprise ; c’est la maison par excellence de tous les pauvres.

Alors lorsque des disciples du Christ, censés être « le sel de la terre » et « la lumière du monde » font tarifer l’accès des toilettes de leurs paroisses, doit-on encore s’étonner des crises dans notre pays, notamment la crise des vocations ? C’est scandaleux ! Et je suis fort étonné que cela ne choque pas la curie diocésaine, dont Votre Excellence est le Chef. Qui donc ouvrira sa porte à l’étranger ? qui donnera à manger à l’affamé ? qui se préoccupera de la veuve et l’orphelin si de simples toilettes sont devenues payantes en milieu paroissial ? Miséricorde !!!

Permettez-moi de vous livrer ici, une stratégie que j’avais déjà proposée à l’équipe pastorale du Sanctuaire Sacré-Cœur de Mokolo en 2013, en qualité de Président du Conseil des jeunes, afin de rendre gratuites l’usage des toilettes paroissiales. Cette stratégie consistait à faire nettoyer les toilettes de la paroisse chaque semaine, tour à tour par chacun des 13 groupes qui constituaient alors le Conseil des jeunes, dont j’étais le responsable. L’eau étant déjà prise en charge par le Conseil pour les affaires économiques, le savon et le papier toilette aurait été  fournis par le Conseil des jeunes, car chaque groupe de jeunes contribuait mensuellement à hauteur de 1.000 F CFA au bon fonctionnement de leur Conseil.

Il incombe à toute la communauté paroissiale d’entretenir non seulement son clergé, mais aussi sa paroisse et ses différents locaux. Si ce n’est par devoir, faisons-le par esprit de mortification. C’est ainsi que cela se fait par exemple à la Paroisse Saint Luc de la Carrière : leurs toilettes sont toujours impeccables et gratuites pour tous. Moi qui écris ces lignes, je les ai souvent nettoyées, sans en avoir été mandaté.

À la paroisse Saint Vincent Pallotti de Nkol-Éton, ils avaient une assiette placée à côté de la porte d’entrée des toilettes. Les usagers y déposaient alors volontairement selon l’élan de leur générosité, la somme qu’ils voulaient, pour l’entretien de ces toilettes. Cela est aussi acceptable, parce que facultatif. Dès lors, la générosité de certains peut vous surprendre. Voilà à mon humble avis, quelques propositions utiles.

Tout en vous confiant à la maternelle intercession de la Vierge Marie Refuge des pécheurs, daignez agréer, Votre Excellence, mes sincères salutations filiales.

NYËBË-EDOA baptisé Benoît Ulrich, laïc

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici