Cameroun – Can TotalEnergies 2021 : Il était une fois Yaoundé capitale camerounaise la ville poubelle

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Avant que le ministre des Finances ne vienne sauver la capitale d’une crise d’ordures ménagères, les habitants de la « ville aux sept collines » voyaient des montagnes de déchets s’entasser dans les rues et près des maisons; dégageant une odeur nauséabonde. Flash-back !

Entassés, posés dans des seaux ou dans les sacs, les déchets d’ordures sont devenus des nouveaux décors sur nos rues et devant nos domiciles à Yaoundé. Ces débris qui contribuent à la pollution, rendent la vie impossible et un accès difficile aux usagers des quartiers de la « ville aux sept collines ». Rien à voir avec les dépôts d’ordures souvent abandonnés lors des Journées citoyennes de propreté (Jcp). Ces déchets exposés, qui propagent de fortes odeurs, multiplient de plus en plus les insectes tels que les mouches, les moustiques. Le problème c’est que les agents de la Société Hysacam (Hygiène et salubrité du Cameroun) sont de nouveau en colère.

Ils réclament trois mois de salaire non payés. Les délégués du personnel de cette entreprise spécialisée dans la collecte et le traitement des ordures ménagères regroupés au sein du Syndicat interrégional des travailleurs d’assainissement, propreté et activités connexes du Cameroun (Synitapacc), ont adressé une correspondance le 28 juillet 2021 au Directeur régional de l’agence Hysacam de Douala, Jean Pierre Ymele, détaillant les raisons de leur mécontentement. « En effet, suite aux promesses de paiement de salaires du mois de juin 2021 à nous faites sans succès, nous observerons un arrêt de travail le vendredi 30 juillet 2021 si nos salaires mensuels de juin 2021 ne sont pas positionnés dans nos différents comptes bancaires au plus tard le 29 juillet 2021 (…). Nous observerons encore un arrêt de travail le mardi 10 août 2021 si nos salaires du mois de juin 2021, ne sont pas payés au plus tard le lundi 9 août 2021», indique la correspondance signée de Thierry Tang, Lydie Bella, Jean Makon, Y.L Nsod, Jean baptiste Nkatla, Roger Ngouegang, et Éric Njamou.

Sucer la Can dans la poubelle

Dans les rues et artères de Douala et de Yaoundé, nous observons depuis ce mois d’octobre, des papiers par-ci, des bouteilles et des épluchures de fruits par-là, des coquilles d’œuf et bien d’autres déchets. Les axes routiers sont devenus des dépotoirs pour déchets et ordures de tout genre. Les usagers et les automobilistes se disputent la vedette,  chacun voulant jeter plus que l’autre. On ne sait même plus qui doit éduquer qui. On lance à tout vent. Plastiques, emballages, peaux de banane, détritus, ordures ménagères, tout y passe. De quoi se demander si nous avons tous la même notion de déchets.

Pythagore Tetang, commerçant au marché Mokolo dans le deuxième arrondissement est indigné. « Ces tas d’ordures nous mettent mal à l’aise. On ne peut plus exercer nos activités en paix parce que, quand on s’approche, regardez nous avons un shopping à coté, regardez quand  un client s’approche pour regarder la marchandise, il ne peut pas passer. Il est étouffé par les ordures, la saleté. Ce n’est vraiment pas bon ».

Fabien Edong, enseignant renchérit : « Avec les impôts que nous payons tous les jours et avec la Can (Coupe d’Afrique des nations de football 2021 Ndlr) que nous allons organiser d’ici peu, on ne sait pas pourquoi, ne serait-ce que les ordures, on n’arrive pas à s’en débarrasser ». La situation empire de jours en jours et dure depuis plusieurs semaines. Les habitants voient des montagnes de déchets s’entasser dans les rues et près des maisons; dégageant une odeur nauséabonde.

La peau de chagrin de la décentralisation

Il faut se rendre à Biyem-Assi Lac, plus précisément à l’entrée d’une école primaire. Là-bas, des petites mares  d’eaux stagnantes sont visibles autour du bac à ordures. Ces petites flaques d’eau dégagent une odeur désagréable. Les populations voisines disent être gênées car, elles dénoncent le fait que le bac à ordures n’a pas été vidé depuis deux semaines.

L’odeur fétide qui résulte de cet endroit oblige les passants à se boucher les narines. Plus loin encore, au quartier Melen, au lieu-dit « Bonas », les déchets qui se décomposent dégagent une odeur pestilente contenant des gaz toxiques tels que le dioxyde de carbone, qui bloque la respiration. «Quand il fera chaud à midi personne ne pourra respirer ici parce que la poubelle va sentir mauvais », confie une tenancière du shopping dans ce secteur. Et d’ajouter « c’est la route des étudiants, il y avait une boutique ici, le propriétaire a fermé. Les salons de coiffures qui sont à côté sont envahis par les mouches. Qu’elle fille peut venir se faire les tresses dans un tel salon de coiffure ! »

Mon chiffre d’affaire a considérablement diminué. Pour Jean Calvin Nguéné, géographe et spécialiste de l’environnement, « il y a une contamination permanente et intense des sols qui est à l’origine de nombreuses maladies hydriques. Le directeur administratif et technique de Louis Pasteur-Labo reconnaît par ailleurs une récurrence des cas de fièvre typhoïde et de dysenterie chez les patients reçus dans son institution. Ainsi les hydrocarbures imbrûlés, le monoxyde de carbone, l’oxyde d’azote, le plomb, la pollution photo-oxydante de l’ozone ainsi que les poussières des ménages sont à l’origine de la destruction des cellules sanguines et des globules rouges en particulier ». Par ailleurs, nous avons appris d’une source à Hysacam que la société est créditeur de plusieurs milliards de Fcfa envers l’Etat et les collectivités territoriales décentralisées, partenaires de l’entreprise. Cependant, d’autres sources évoquent quelques difficultés contractuelles de l’entreprise avec la Mairie de la ville de Yaoundé (Cuy). Cette dernière qui ne paie pas Hysacam à temps, provoquant ainsi des tensions de trésorerie qui ralentiraient le travail. Et pour cause ? Le Maire ne bénéficie pas encore des centimes additionnels issus de la décentralisation.

Par Le Messager

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