Cameroun : Bafoussam abrite le plus vieux chantier du monde

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Il y a exactement 43 ans, résonnaient les premiers coups de pioche du futur Stade omnisports de Tocket, dans la ville de Bafoussam au Cameroun. Malheureusement, en 2020, sa construction n’a jamais été terminée.

Ce stade de 30 000 places, est aujourd’hui parmi les plus vieux chantiers du monde. Entamée en 1979, sa construction a été purement et simplement abandonnée, dans les années 80, alors que les travaux en étaient à presque 90%. Et depuis, que des promesses pompeuses des ministres qui se sont succédé. Les raisons du blocage de ce chantier ayant englouti plusieurs milliards de Fcfa, restent un mystère. La piste d’athlétisme était à peu près la seule chose qui est restée, parce qu’utilisée par les athlètes du dimanche. Le gazon a cédé la place aux champs de maïs. Les canaux de canalisation bouchés par des ordures. Il fallait s’armer de courage pour pénétrer dans les vestiaires devenus le repère des gangsters.

Selon Isidore NDASSI, le chef du quartier, l’avancée des travaux était vue comme une manne. « La majorité des jeunes du quartier venaient ici travailler comme manœuvres ; et chacun gagnait son argent et se logeait dans le voisinage. Ce qui a vite développé le quartier. On était fier de voir notre quartier, et notre ville, avoir progressivement son stade omnisports comme Yaoundé et Douala à l’époque. Je me rappelle même que lorsque les familles expropriées voulaient réclamer leur dédommagement, des parents intimaient le calme, le temps qu’on construise d’abord le stade. Un peu comme s’ils avaient peur que toute revendication freine l’avancée des travaux. Et puis un jour, tout s’est arrêté. Nous ne savons pas trop pourquoi. C’est comme une histoire de fous pour nous ».

Dans les fiches de l’ex-ministère de l’Equipement qui gérait le chantier, les travaux de construction avaient d’abord été confiés à l’entreprise Bouygues. Cette entreprise fait faillite et le chantier est arrêté pendant une dizaine d’années. Les travaux sont relancés et confiés à la société Nanga Company. Elle relève que le budget estimé à 4 milliards pour parachever les travaux du stade de 25 000 places n’était plus suffisant. Second arrêt des travaux. Une nouvelle étude est faite. Elle réévalue le budget et décide d’agrandir le stade à 35 000 places. En 1988, l’entreprise Sobea entame les travaux qui vont connaître le troisième arrêt en 1990, crise financière oblige cette fois. Au cours de la dernière décennie, les ministres des Sports Philippe MBARGA MBOA, Augustin EDJOA et Michel ZOAH ont successivement effectué des descentes sur le site du chantier, annonçant à grand renfort de publicité leur volonté de relancer les travaux de ce stade.

Lors du choix du site devant abriter le second stade omnisport de Bafoussam, construit par les Chinois, il a été étudié la possibilité de parachever plutôt la première arène. Refus de la partie chinoise qui voulait construire entièrement son ouvrage. C’est ainsi que le nouveau stade a été construit finalement à Kouekong, à mi-chemin entre Bafoussam et Foumbot. Les Chinois ont expliqué qu’il était difficile pour une entreprise de parachever les travaux lancés par d’autres experts, sans évaluer ce qui s’est détérioré avec le temps. Avant la relance des travaux en 1988, l’expertise du chantier faisait passer l’estimation du coût de réalisation des travaux de 4 milliards à une dizaine de milliards. Dix ans plus tard, lors d’une autre étude faite en 1999, une nouvelle expertise effectuée par le ministère des Travaux publics évalue à 115 milliards le coût pour faire passer le stade de 35 000 à 45 000 places.

Pour la CAN 2021, le gazon vient d’être posé dans le Stade maudit de Tocket qui est devenu le symbole de l’incapacité du Cameroun, durant des années, à construire des infrastructures sportives viables. A combien évalue-t-on le coût des travaux aujourd’hui ? Personne ne sait. Surtout au moment où les entreprises chinoises remettent des stades entièrement construits clés en main, à une vingtaine de milliards.

Par Claude KANA, Historien du football

Avec des éléments rassemblés par Honoré FEUKOUO et Gaël TADJ

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