Cameroun – Assemblée nationale : Serge Aimé Bikoï sur la Controverse autour de la candidature J.-M. Nintcheu du SDF

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Au sein de l’opinion publique nationale, des voix s’élèvent, depuis hier(18-03-2022), pour s’interroger sur l’échec en fracas de l’honorable Jean Michel Nintcheu, qui n’a obtenu qu’un seul suffrage au terme de l’élection du président de la chambre basse du parlement camerounais. Cette interrogation émane, en effet, du fait que ayant construit, le  15 mars 2022, une dynamique groupale à travers la fondation du groupe parlementaire mixte à l’Assemblée nationale, le Sdf, le Pcrn, l’Udc et l’Ums n’ont guère pu faire émerger une solidarité mécanique, au sens durkheimien du terme, de manière à accorder leurs violons et à unir leurs voix au bénéfice d’un des leurs. Le député Sdf du Wouri-Est s’est positionné comme un singleton et n’a, contre toute attente, obtenu que sa propre voix. Soit!

Sans conteste, et après avoir lu, in extenso, la mise au point du président national du Pcrn, il s’avère que J.-M. Nintcheu a décidé, de manière unilatérale, de se porter candidat. Toute chose ayant suscité l’aversion, voire la désapprobation de ses collègues membres du groupe parlementaire dénommé »L’Union pour le changement ». Passons outre l’article 17 du Règlement intérieur de l’Assemblée nationale, lequel postule que les groupes parlementaires ne sont pas impliqués dans l’élection du bureau définitif. En fait, pour cet organe, le parti ayant, ce qu’il est convenu d’appeler la majorité obèse des élus, fidèle à la discipline du parti incarnée par leur hégémon, aborde, individuellement, les autres formations politiques représentées à l’Assemblée. Histoire de constituer un bureau s’efforçant de tenir compte de la configuration politique de cette chambre basse en référence à la loi.

En mettant sous le boisseau ce déterminant, il est loisible de constater que la coalition de l’Union pour le changement est composée de seize députés de la nation, dont quinze étaient présents hier à l’élection. Au cours de leur assise,ces derniers ont, collégialement, décidé d’opter pour le bulletin nul. Mais chose curieuse,  ce mot d’ordre n’a pas été respecté à 100% tant 12 sur 15 ont souscrit à ce choix pour le vote du président de l’Assemblée nationale. Il y a donc trois élus qui ont, carrément, sapé l’idéal groupal, la solidarité groupale et, par corollaire, la dynamique groupale.

Dans le jeu de la perception de cette désolidarisation, ces trois figures, membres du groupe parlementaire mixte, qui ont fait preuve de déviance à l’égard de la norme groupale en vigueur, ont voté pour Cavaye Yeguie Djibril. Même là aussi, ces trois parlementaires ont jeté le discrédit sur la candidature de Jean Michel Nintcheu. Bien que le vote soit secret, il est aisé de constater que trois élus traîtres ont jeté leur dévolu sur le candidat éternel du Rassemblement démocratique du peuple camerounais. C’est pourquoi hier, nous avons persisté et signé que la coalition de l’Union pour le changement  a exhibé, au grand jour, trois traîtres.

Sachant que deux élus du groupe parlementaire dénommé « l’Union pour le changement » ont été reconduits au bureau de la chambre basse du parlement, ont-ils voté pour Nintcheu? Que nenni! Ces deux ont-ils voté pour Cavaye? Il est possible d’y croire sachant qu’il y a, a priori, un deal entre l’ensemble des membres du bureau pour élire le chef. Le deal consiste à accréditer le vote du Pan. En contrepartie, vous bénéficiez, en retour, de la cooptation au sein du bureau en tant que membre. Ceux qui couvrent les sessions parlementaires et, singulièrement, l’élection du président de l’Assemblée depuis 1992 connaissent cette pratique entérinée par les membres du bureau avant l’élection.

Parmi ces deux élus qui ont été reconduits hier, il y a le président national du Parti camerounais pour la réconciliation nationale(Pcrn), qui a été reconduit comme un des douze secrétaires du bureau de l’Assemblée, et le 1er vice-président national du Social democratic front(Sdf), qui, lui aussi, a été reconduit comme questeur parmi les quatre existants. Les seules entrées remarquables dans ce bureau sont:

1. L’honorable Mary Boya, épouse Meboka, député Rdpc, qui remplace, numériquement, Emilia Monjowa Lifaka, décédée en 2021, parmi les cinq vice-présidents existants.

2. L’honorable Élise Ndongo Moutome, épouse Pokossy Ndoumbe, fait, elle aussi, son entrée comme secrétaire du bureau de l’Assemblée en lieu et place de l’honorable Albert Dooh Collins, député Rdpc du Wouri-Centre. Ce dernier a, manifestement, décidé de ne plus figurer dans ce bureau parce que n’ayant pas apprécié l’éjection de Gaston Komba au poste de Secrétaire général de l’Assemblée. Il est donc cohérent avec son choix tant il a pris fait et cause pour l’ex-Sg de cette chambre basse récemment lorsqu’il a eu maille à partir avec le président de l’auguste chambre. Le reste du bureau a été, sachez-le, reconduit.

En termes de conséquences, l’on note, à nouveau, la continuité de la fissure, voire de la fragmentation du Sdf tant la disharmonie entre le challenger de Cavaye et le premier vice-président national du Sdf est toujours visible. Les trois élus du Sdf n’ayant pas, eux aussi, accordé leurs suffrages à Nintcheu, cela dénote le fait qu’ils sont solidaires de l’option du premier vice-président national du Sdf.  Il naît, pour ainsi dire, deux factions : l’une modérée, dont le leader est Osih, et l’aile radicale incarnée par Nintcheu, qui reste et demeure dissident à l’égard de l’ordre dominant en place.

C’est pourquoi il fustige le fait que les autres élus aient choisi de continuer de s’accommoder de la logique de la monarchie parlementaire ultra dominante à la chambre basse. Toute chose structurant la fossilisation d’un grabataire à la tête de l’Assemblée nationale. Nintcheu va-t-il lâcher du lest et démissionner du Sdf pour intégrer une autre formation politique de l’opposition camerounaise ? Ou va-t-il, a contrario, en créer au sein du kaléidoscope politique déjà bourré de plus de deux cents partis?

Ces deux conjectures scolastiques sont probables à l’allure des choses. Il saura, lui-même, faire son choix dans les mois à venir. Pierre Kwemo, aujourd’hui président de l’Union des mouvements socialistes(Ums), député de ce parti, membre du groupe parlementaire, ancien vice-président du Sdf, avait quitté les rangs du parti du chairman Ni John Fru Ndi en raison de la dissonance entre lui et le directoire. Il avait alors créé sa propre formation politique. Il a été, par le passé, maire de la commune de Bafang et aujourd’hui, il est député sous la bannière de ce parti.

Nintcheu peut-il, à l’avenir, réussir le challenge lié à la fondation d’une nouvelle formation politique de l’opposition, lui qui est président régional du Sdf pour le Littoral ? Maidadi Saidou Yaya, feu Bernard Muna, Édith Kah Walla, Martin Ambang, Abel Elimbi Lobe, Célestin Djamen, etc. avaient démissionné du Sdf par le passé, mais rares sont ceux-là parmi ces derniers qui ont pu devenir conseillers municipaux. Kah Walla en est un exemple après avoir créé le Cameroon people’s party(Cpp). Nintcheu pourra-t-il réussir alors le challenge de P. Kwemo?

Comme j’aime bien le dire à chacun d’en juger fort opportunément !

Serge Aimé Bikoi

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