Cameroun : Assassinat de Kumba ou six minutes de silence

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C’eût été même une « bavure » policière ou militaire, suivant l’étrange euphémisme de notre époque réputée « raffinée »,  que ce serait déjà socialement et humainement incompréhensible.

Par Armand Leka Essomba, Sociologue*

Qu’un jour de répit, alors que le soleil s’approchait de son zénith, un acte d’un niveau de cruauté si pitoyable soit perpétré sur des enfants, dans une « ferme scolaire », confronte chacun d’entre nous au « trou noir » de nos certitudes anthropologiques et de nos vanités politiques et morales.

Ce geste à la fois faible et féroce, minable et monstrueux : six enfants abattus, des dizaines d’autres mortellement pourchassés, pour RIEN, comme du bétail en fuite (au-delà du geste démentiel prêté à Hérode dans le  « récit sacré ») est un très mauvais signe : il annonce, il faut le craindre hélas, la répétition d’un grand suicide. Aucune cause, aucun désespoir ne peut couvrir ce crime contre la vie et l’humanité.

Ce spectacle pénible, fait au quotidien, de jeunes gens, ivres de drogues, se suicidant et tuant au nom d’une utopie de séparation infra politique ; de villages entiers désertés de femmes et d’enfants en quête de convivialité, de sérénité et d’hospitalité ;  de scènes de saccages cadencés sur fond d’une jouissance funèbre, doit prendre fin. Certes, en ce temps indéterminé, rythmé par cette interminable « danse des sorciers », alors que le jour et la nuit s’accouplent, le cri du colibri perd son écho, devant le chant nocturne des hiboux.

Identités meurtrières et nécrophilie

Partout, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest de ce bout de terre récemment reçu en héritage, des Fanatiques élèvent des murs là où Il s’agit de bâtir des ponts entre communautés et individus. Les « Identités meurtrières » se renforcent au profit des « identités vivrières ».

Cette nécrophilie, même dans ses manifestations les plus inconscientes est socialement entretenues par toutes sortes d’officines, et des esprits parmi les plus lucides y succombent hélas.  L’on doit alors avoir la lucidité et le courage de confesser chacun nos péchés : péchés en pensées, en paroles, par action et par omission.

Tout a été dit. Tout reste à faire. Ce qui est à faire, doit être fait et très rapidement. Sinon, cet âge cannibale et anthropophage du lien politique chez nous, sera incontrôlable. En attendant, que demain matin, lundi 26 octobre 2020, à 11 heures, partout dans nos Etablissements scolaires, l’on observe six minutes de silence, en hommage à ces enfants sacrifiés sur l’autel de nos folies et de nos vanités.

* Sociologue, Directeur Exécutif du CERECS

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