Athlétisme : Florence Griffith-Joyner un Fantôme qui hante les Jeux Olympiques Tokyo 2020 depuis Séoul 1988

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Intouchables mais controversés, les records de Florence Griffith-Joyner embarrassent toujours le monde du sport.

Jugés « imbattables », les records du 100 m et 200 m établis par Florence Griffth-Joyner tiennent toujours. Une longévité exceptionnelle qui fascine autant qu’elle gêne l’athlétisme mondial. « Ce n’est pas possible. Personne ne peut courir aussi vite ! » Un record du monde vient d’être battu en direct, mais dans la voix de ce commentateur américain, on sent plus de doutes que d’enthousiasme. Il se demande même s’il ne s’agit pas d’un « problème électronique » tant le temps qui s’affiche, 10″49, semble irréel.

La scène se déroule à Indianapolis, en juillet 1988, pendant les championnats d’athlétisme des États-Unis. Les séries du 100 m débutent à peine et Florence Griffith-Joyner remporte sa course… en battant le record du monde de 27 centièmes ! C’est le début d’un été phénoménal pour « Flo-Jo », sprinteuse de 28 ans plutôt habituée aux places d’honneur, qui s’empare en trois mois des records du monde du 100 m et du 200 m. Aux Jeux olympiques de Séoul, elle remporte la médailles d’or sur les deux distances avec, à chaque fois, plusieurs mètres d’avance.

Une progression foudroyante

La progression fulgurante et inattendue de Griffith-Joyner, mais aussi sa transformation physique, provoquent la stupéfaction de ses concurrentes. Laurence Bily, cinq fois championne de France du 100 m dans les années 1980, racontait ainsi au micro de France 2 en 2013 : « Battre Griffith-Joyner, c’était devenu mission impossible. Sa puissance, son physique lui permettaient d’avoir une technique de course hyper efficace du premier au dernier appui. C’était Wonder Woman, en fait… ».

Certains coéquipiers de Griffith-Joyner se montrent très méfiants. « La progression de Florence a choqué car elle a été trop rapide. Et puis, sa voix avait beaucoup changé, elle était plus grave qu’auparavant. Chez les femmes, c’est souvent la conséquence d’usage de stéroïdes », écrit dans son autobiographie Carl Lewis, icône du sprint américain. Florence Griffith-Joyner n’a jamais été déclarée positive à un contrôle anti-dopage mais juste après la saison 1988, elle disparaît subitement des pistes et prend sa retraite sportive.

Des journalistes, notamment Kristina Rebelo de Sports Illustrated, enquêtent sur sa progression foudroyante, mais se heurtent au silence de « Flo-Jo » et de ses proches. Un silence qui devient définitif en septembre 1998 quand l’athlète décède, à seulement 38 ans, à la suite d’une crise d’épilepsie. Cette mort tragique et brutale fait taire les critiques les plus virulentes mais ne dissipe pas le malaise autour des ses records.

Des doutes mais aucune preuve de dopage

Ceux-ci restent, année après année, hors de portée de toutes les championnes qui se succèdent sur la piste. Ces temps paraissent encore plus inaccessibles que ceux d’Usain Bolt : sur 200 m, le Jamaïcain n’a que sept centièmes de marge sur le deuxième meilleur temps de l’histoire, quand la marge de Griffith-Joyner est de 27 centièmes ! Cette domination post-mortem d’une athlète depuis longtemps disparue est un cas unique dans l’histoire du sport. Troublante, morbide, elle contribue à consolider un mythe autour de « records maudits ».

Des records célèbres, mais sur lesquels très peu d’athlètes s’expriment spontanément. Quand on les interroge sur la régularité des performances de l’Américaine, les visages se crispent. Dans les stades d’athlétisme, on préfère oublier les exploits de « Flo-Jo »… ou en parler le moins possible. La gêne se combine à une forme de pudeur.

Pierre-Jean Vazel, entraîneur et spécialiste de l’histoire de l’athlétisme, comprend cette retenue : « C’est très délicat de lancer des accusations contre une sportive qui est décédée et qui ne peut plus se défendre. Certes, j’ai mes doutes sur cette époque, où les contrôles antidopage hors compétition n’étaient pas encore en place. Mais je refuse de prendre Griffith-Joyner pour cible, surtout en l’attaquant sur sa transformation physique. Quand un corps devient très musculeux, pour un homme ce serait normal, mais pour une femme ce serait suspect ? Cette différence de traitement me dérange. »

Source : Francetvinfo

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